Bend, les Steens Mountains et le désert d’Alvord

Au départ de Crater Lake, on remonte la route vers le nord-est jusqu’à la ville de Bend. En chemin, on croise le tracé du célèbre « PCT », le Pacific Crest Trail, un chemin de randonnée qui fait 4240 km de long et relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne en longeant les crêtes de chaines montagneuses de l’Ouest américain (et qui est l’objet du film « Wild »). Ce trail a aussi deux petites sœurs : le Continental Divide Trail au milieu du pays (qu’on avait déjà croisé près d’Aspen) et le sentier des Appalaches à l’est du pays.

A l’entrée de Bend se situe le musée du haut désert où on fera un bref arrêt. A l’intérieur, on découvre une expo temporaire d’un constructeur de matériel d’escalade basé à Bend. On comprend rapidement que la région est prisée par les adeptes de ce sport. On teste d’ailleurs un de ces lits que les escaladeurs accrochent à la paroi pour y passer la nuit. Bilan : même à 1 m du sol, ça fait peur.

Notre premier arrêt à Bend sera le visitor center, car on aimerait avoir une carte et des infos un peu plus détaillées sur la zone qui va nous intéresser pour les prochaines 24 h : le comté de Malheur (on ne veut pas savoir pourquoi les premiers Français qui sont venus ici l’ont nommé ainsi) et le désert d’Alvord. Malheureusement, ils n’ont aucune info ni dépliant sur cette région, ce qui nous conforte dans notre idée : on va vraiment se perdre au milieu de nulle part. Bref, ça va être bien ! On se contente de faire quelques malheureuses sauvegardes de cartes sur maps.me et ça devrait le faire !

On déambule un peu dans la ville dont l’ambiance nous plait beaucoup et nous rappelle Aspen dans le Colorado, mais en moins guindé et en plus jeune. On dîne avec de délicieux sandwiches chez Planker Sandwiches. Dans les rues, un magasin sur deux tourne autour de l’escalade ou des activités « outdoor » : Patagonia, Mountain Supply, Gear Fix, REI…

La ville compte plein de brasseries mais on est tenus par le temps et on doit donc n’en choisir qu’une. Ce sera finalement Boneyard Beer qui occupe une portion d’un garage automobile toujours en activité ! On y déguste un gentil flight de 9 bières. Dès qu’on poigne dans une bière, la serveuse nous sert la suivante, autant dire que ces 9 échantillons ont été expédiés en 15 minutes. Pour les quatre dernières bières, on a droit à une IPA, une double IPA, une triple IPA (je n’avais encore jamais goûté), et pour finir une… quadruple IPA (13°, même plus le goût houblonné, ça calme)… L’alcool aidant, je craque et achète une bouteille de leur sour beer (comme une gueuze, mon style préféré) locale à 25$… Elle a intérêt à être bonne.

On roule ensuite vers Burns dans un décor de haut désert assez monotone et il faut lutter pour ne pas s’endormir avec la chaleur et les bières qu’on vient de s’enfiler. On s’arrête au BLM (Bureau of Land Management) office, mais on est samedi et c’est fermé le week-end… Décidément, on n’aura pas de cartes ou de conseils sur la région dans laquelle on s’engouffre.

Après quelques dernières courses et un plein à Burns, il est temps d’entrer dans le Malheur National Wildlife Refuge via la petite route 205 sur laquelle on doit encore faire 100 km avant d’arriver à Frenchglen.

Ce refuge faunique est le paradis des ornithologistes, car on est ici dans l’un des plus grands marais de l’Ouest américain. On a vite fait de le comprendre quand on voit la quantité de moustiques et d’autres insectes qui finit sur le pare-brise…

Petite anecdote qu’on a apprise sur la région : le quartier général du refuge avait été occupé par une petite bande armée d’extrême droite début 2016. Ils ont tenu un peu plus d’un mois avant d’être délogés par le FBI. Le leader avait apparemment reçu un message divin lui disant d’occuper le quartier général du refuge pour forcer le gouvernement à vendre les terres publiques aux états ou à des privés. Voilà, voilà.

On arrive enfin à Frenchglen qui compte 6 habitants, une école (avec 2 élèves), un magasin et un hôtel historique : le Frenchglen Hotel. La moitié de l’année, la population est triplée par les amateurs d’oiseaux, et l’autre par les amateurs de montagnes venus pour les Steens qui sont juste à côté.

En ce qui nous concerne, on a réservé une cabine juste à côté, au Steens Mountain Wilderness Resort. C’est très basique et rustique, mais ça fera l’affaire. On s’installe sur la terrasse pour déguster la gueuze achetée à Bend, mais les moustiques ont assez vite fait de nous décourager. Après un rudimentaire souper spaghetti, on file au lit.

Au réveil, on se lance dans la boucle des Steens, une route de 100 km qui monte dans les montagnes et de laquelle on a eu un petit aperçu sur Internet en préparant le voyage. Du haut de la montagne, on a normalement vue sur le désert d’Alvord de l’autre côté, à l’est, où on compte ensuite se rendre. On tente l’approche par la route Nord, mais on se retrouve bloqués à la deuxième gate.

Pas décidés à abandonner, on tente l’approche par l’autre côté de la boucle, au sud, et on parvient à aller un peu plus loin jusqu’à la 3e gate (23,5 miles), mais la portion de la boucle la plus proche du sommet (3000 m, ce qui en fait la route la plus haute de l’Oregon) reste fermée à cause de la neige. On est début juin, mais c’est encore trop tôt dans la saison !

On parvient quand même à profiter de quelques vues spectaculaires sur de gigantesques vallées de l’époque glaciaire qui font environ 800 m de profondeur ! Elles sont au nombre de 4 sur le versant ouest des montagnes Steens, dommage qu’on n’ait pas pu continuer jusqu’aux autres !

On rebrousse ensuite chemin pour contourner les Steens Mountains par le sud. Ce faisant, on marque un petit arrêt à Fields, qui est d’une taille similaire à Frenchglen : 3 maisons et un bâtiment qui fait office de pompe à essence/poste/bar/magasin/motel/restaurant. On y dîne avec un bon burger qui fait apparemment leur réputation dans la région avec le milkshake (selon Tripadvisor, qui a toujours raison en road trip) ! Une fois nos estomacs remplis, on fait aussi le plein d’essence, car dans des coins aussi paumés, on n’est jamais trop prudents. Avec une pompe tous les 100 km, faudrait pas tomber sur une qui est fermée ou en panne quand on est sur la réserve…

Un vieil homme nous donne quelques conseils sur le désert d’Alvord. On est assez contents d’avoir le point de vue d’un local vu qu’on n’a pas encore pu trouver la moindre info autre part. Il nous dit en gros de ne pas aller rouler au nord et à l’ouest car c’est là que l’eau se fait pousser par le vent et stagne, rendant le terrain boueux. Apparemment, il faut compter 1000 $ pour faire venir une dépanneuse de Burns au désert d’Alvord.

On parvient sans trop de mal à trouver l’entrée de la fameuse playa. Une fois dessus, c’est un billard de 200 km² qui s’offre à nous. Les gens viennent ici pour battre des records de vitesse avec leur voiture, mais c’est aussi un point de rassemblement de pilotes d’avions backcountry. Bref, il n’y a pas de route donc on roule où on veut et à la vitesse que l’on veut, mais ça rend l’endroit super dangereux, car on ne sait pas d’où le danger peut venir. On est méga aux aguets.

On passe une bonne heure à rouler dans tous les sens, faire crisser un peu les pneus sur cette surface blanche craquelée par la sécheresse jusqu’à être lassé de ne plus devoir suivre la route.

On passe devant les Alvord Hot Springs qui sont quelques bâtiments en bordure de la playa autour d’une source hydrothermale où il y a moyen de se baigner, mais sans s’y arrêter.

On finit par se poser au milieu de nulle part (mais quand même un peu excentrés pour ne pas se faire renverser par un gars qui roule à 200 à l’heure) et on gonfle le matelas avant de se coucher pour une petite sieste en regardant le ciel parsemé de gentils cumulus. Il tombe quelques gouttes de temps à autre, mais rien d’affolant. On fait de jolies photos du désert sur fond de Steens Mountains.

La fin d’après-midi approche et on a prévu de dormir sur la playa, donc on se trouve un coin un peu tranquille à l’est du désert près des petits buissons et d’un firepit de précédents campeurs. Il n’y a que quelques personnes ce soir sur la playa et tout le monde prend soin de se tenir à l’écart (environ 1km) des autres, ce n’est pas la place qui manque ! On s’ouvre une petite bouteille de vin en profitant de la golden hour pour faire de belles photos. Au loin, un espèce de gros nuage gris foncé s’approche et il commence à y avoir de mini-tourbillons de poussière sur la playa.

On se regarde sans trop vouloir se stresser l’un l’autre. Le vent se lève subitement et il commence à y avoir des rafales de vent assez fortes. Je sors accrocher quelques ficelles de plus entre la tente et la voiture, juste au cas où. Un véritable mur de sable se dirige sur nous et 5 minutes plus tard, on ne voit même plus le capot, alors que la voiture se fait méchamment secouer par le vent. Ça dure 30 minutes et le vent augmente en intensité et là on avoue qu’on ne rigolait plus. Pauline croyait que la voiture allait même se faire retourner. Au final, la tente a fini par céder à la dernière rafale (respect quand même, c’était de la qualité). On a probablement jamais eu aussi peur en voyage, à part à Canyonlands ! Ça fait des souvenirs et même 2 ans plus tard au moment où on écrit, ça nous parait être hier !

La tempête s’arrête aussi vite qu’elle a commencé, mais on comprend qu’on ne pourra finalement pas passer la nuit ici, à moins de dormir dans la voiture. On n’a pas envie de vivre une deuxième fois l’expérience en pleine nuit noire cette fois…

Les autres campeurs passent près de nous en voiture en partant aux aussi et nous demandent si ça va. Eux aussi leur tente a cassé, mais ils ont pensé à filmer la scène, nous pas. On le regrette, car ça en aurait jeté dans cet article. On nous parle des tentes MASH (Mobile Army Surgical Hospital, des tentes mobiles de l’armée en dur) aux Alvord Hot Springs, mais on préfère retourner vers Fields où on a vu un motel.

Il est trop tard et le motel est fermé depuis longtemps, la voisine d’à côté nous demande si elle peut aider et téléphone même pour nous à Denio, un village à la frontière entre Oregon et Nevada, situé à 25 km au sud. Pas de réponse, mais on se met quand même en route vers là-bas. Arrivé à Denio, le motel dont elle nous parlait est fermé, mais vu à quel point il a l’air miteux, on est presque contents de ne pas avoir eu le choix ! On s’arrête à l’unique bar du village où les gens se retournent sur nous, car on est des inconnus (exactement comme dans les films sauf que la musique ne s’est pas arrêtée). Le barman nous conseille Winnemucca. On regarde dans notre atlas, et Winnemucca est situé à … 160 km. La nuit tombe, mais on n’a pas vraiment le choix. Ce sera la portion de route la plus longue du séjour (et pas la plus agréable) ! Pauline en profite pour nous trouver un hôtel sur Booking.com et réserver une nouvelle tente identique qu’on se fera livrer dans un Walmart sur notre route 3 jours plus tard.

Une fois arrivés, il s’avère que Winnemucca est une petite ville de 8000 habitants perdue au milieu du désert du Nevada et qu’on loge dans un hôtel-casino qui au final n’est pas trop mal. On avait juste prévu de loger gratos au milieu d’un désert sous les étoiles, et pas dans une chambre à 100 $ au-dessus des machines à sous.

En y repensant, on aurait du jouer un peu, car avec le karma et la malchance qu’on avait eus quelques heures auparavant, on aurait surement gagné gros !

Une fois installés dans la chambre, on en profite pour achever la malheureuse bouteille de vin qu’on avait entamée dans cette tempête avant de profiter d’un bon lit bien confortable !

Le lendemain matin, aucune raison de traîner, on prend donc la route vers notre prochaine étape : Lassen Volcanic National Park !

3 réflexions sur “Bend, les Steens Mountains et le désert d’Alvord

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s