Sur les traces de Breaking Bad à Albuquerque

De bon matin, on quitte notre hôtel de bord d’autoroute à Gallup pour poursuivre notre route vers Albuquerque. Bref, 2h d’autoroute calme, toujours au milieu de désert. On hésite un moment à aller visiter Bisti Badlands, un endroit recommandé par le blog de Mathilde, mais on manque de temps. On avait d’ailleurs déjà eu l’occasion de voir ces gros rochers en forme de champignons à Toadstool Hoodoos.

On ne savait pas trop quoi attendre de la ville d’Albuquerque, car les seuls aperçus qu’on en avait eus venaient de Breaking Bad… En entrant dans la ville, on passe à côté d’une voiture sans plaque dont le conducteur est en train de se faire menotter par les flics, plaqué contre un grillage.

Puis on se fait doubler par un gars qui roule vraiment comme un malade avant de traverser une banlieue qui a l’air vraiment mal famée. C’est super pour un premier aperçu !

N’ayant pas d’idées particulières d’endroits à visiter, on se lance dans une découverte de la ville au travers d’endroits clés de la série Breaking Bad… Tout d’abord le célèbre restaurant Los Pollos Hermanos qui est en fait un resto de la chaîne Twisters, spécialisé dans le combo burger/burrito. On trouvera mieux pour dîner !

Ensuite, la maison où Jesse Pinkman vit dans la série, le petit box du parking où Mike Ehrmantraut travaille, le fameux carwash que Walter White achète avec sa femme pour blanchir leur argent, la maison de son beau frère (dans les beaux quartiers, elle), et last but not least, la maison de Walter White, le héros de la série. Les pauvres propriétaires ont fait clôturer la maison et poser des cônes dans la rue pour que les gens arrêtent de se garer devant chez eux. Il y a un panneau qui dit « take your pictures from across the street, DO NOT DISTURB US« . La propriétaire s’installe avec une chaise de camping dans l’entrée de son garage et regarde tous les touristes comme nous qui défilent pour prendre des photos en lisant son journal. On se demande s’ils étaient au courant de la popularité de la maison lorsqu’ils l’ont achetée, ou s’ils étaient déjà propriétaires en 2008 quand Breaking Bad a commencé…

A chaque arrêt, on remarque des gens qui s’arrêtent juste pour prendre une photo comme nous, c’est assez marrant, surtout sachant que la série s’est arrêtée en 2013, trois ans avant et qu’autant de monde continue à faire ce petit pèlerinage. On se contente de ces quelques endroits, mais certains y passent la journée, ou participent même à des bus tours payants !

Pour dîner, on s’arrête dans un vrai diner à l’américaine : le Diner 66. A l’intérieur, tout est conforme aux clichés : chaises hautes avec cuir turquoise, serveuses qui passent avec la cafetière en main, néons et jukebox. Un bon moment bien typique comme on les aime !

Pour l’après-midi, on jette notre dévolu sur la visite du musée de la turquoise, une pierre particulièrement symbolique dans la région. Oui, ça ne vend pas du rêve, mais les road trips, c’est aussi ça parfois : ne pas savoir quoi faire et parfois découvrir des hidden gems comme ils disent ici (celle-ci n’en était pas une). Devant le musée dont la vitrine est grillagée, il y a un officier de sécurité pour ceux qui seraient tentés de venir se servir, même si la turquoise ne vaut pas grand-chose comme on l’apprendra plus tard. A l’intérieur, on attend le début du guided tour en tapant la causette au pote du guide qui nous explique qu’il veut devenir sénateur ou président, puis dépenser son argent en achetant un petit pays africain. On aurait pu tourner un épisode de strip-tease dans cette ville. Une dame entre dans le magasin pour faire évaluer quelques turquoises qu’elle possède. Il ne faudra pas 2 minutes pour que le patron lui explique que ces pierres sont des contrefaçons et ne valent rien du tout, déception dans son regard.

La visite consiste majoritairement à faire le tour du propriétaire où il y a des dizaines de panneaux explicatifs qui tournent autour de la turquoise : son histoire, sa composition, son industrie, son commerce. C’est intéressant, mais pas incontournable. Mais bon, les goûts et les couleurs… En gros, la valeur des turquoises est toute relative et varie surtout en fonction de la valeur qu’elle a pour la personne qui la possède, et moins pour sa couleur, son motif ou son poids. Rien à voir avec les vraies pierres précieuses donc. On apprendra malgré tout que la fameuse « Route de la turquoise » dont on a entendu parler pendant la préparation de notre voyage n’est qu’une grosse arnaque liée à une bataille immobilière dans la région. Il s’agit d’une des deux routes « hors sentiers battus » qui permettent de relier Albuquerque à Santa Fe.

Notre choix se portera finalement par une autre route qui passe au nord par Jemez Springs et Los Alamos qu’on n’a pas du tout regrettée !

On quitte donc Albuquerque sans trop de regrets par cette route de campagne qui est criblée de limitations de vitesse et on entre dans le territoire des Indiens Jemez où de nombreux panneaux nous rappellent qu’il est interdit de photographier leurs villages. Les touristes ne sont pas les bienvenus.

Un peu plus loin, on arrive dans le petit village qui nous hébergera pour la nuit : Jemez Springs et son hôtel bien-être Canon del Rio dont on a aussi entendu parler sur le blog de Mathilde. La vallée encaissée dans laquelle on se trouve est colorée de roches rouges parsemées de taches dorées qui sont des saules dont les feuilles s’apprêtent à tomber (c’est le foliage), c’est juste beau !

On décide de se faire un peu plaisir et on a commandé un massage à l’hôtel. C’était mon premier, mais probablement aussi mon dernier tellement la masseuse m’a fait mal, même quand je lui demandais d’appuyer moins fort, c’est probablement moi qui suis trop tendu !

On enchaîne avec sauna puis restaurant à l’unique saloon du coin (Los Ojos) avant de terminer la soirée dans le jacuzzi avec vue sur les étoiles en sirotant une petite bière locale. Parfait !

Le lendemain, on déjeune à la grande table commune avec les autres résidents : il y a deux autres jeunes couples et une vieille dame française qui vit aux USA depuis 50 ans. Chacun partage un peu ses plans pour la journée et un des deux couples parle d’aller se baigner aux San Antonio Hot Springs, mais la route à l’air fort compliquée et on n’a pas envie de s’incruster avec eux. Cela dit, c’est une bonne idée pour ceux qui comptent aller dans la région !

En ce qui nous concerne, après avoir quitté l’hôtel, on continue sur la route 4 au bord de laquelle on peut admirer quelques curiosités locales comme un barrage en calcaire (Soda Dam) ou des gros rochers aux formes évocatrices (Battleship Rock) avant de faire une belle découverte inattendue : Valles Caldera National Preserve. On entre dans une énorme plaine, pleine d’herbes dorées (Valle Grande) qui offre un décor pour le moins inattendu dans la région ! On se situe dans une caldera qui fait 22 km de diamètre, c’est-à-dire une dépression qui est apparue à la suite de l’effondrement d’un ancien supervolcan situé sous nos pieds, qui est entré en éruption il y a plus d’un million d’années. On s’arrête à la cabane des rangers qui est l’unique point d’accès à la dirt road qui parcourt ce très beau paysage. Malheureusement, on nous apprend que la route a fermé la veille pour toute la saison !

Un bref tour de la mini-exposition dans la cabane des rangers nous apprend que l’endroit est surtout réputé pour la chasse au wapiti (elk) et au cerf (deer), mais on y trouve aussi beaucoup d’obsidiennes, vestige de l’ancienne activité volcanique. Faute de pouvoir explorer plus la région, on continue en choisissant de passer par Los Alamos plutôt que par Bandelier National Monument. Bandelier nous semblait en partie similaire à un autre parc où nous avions déjà pu observer des maisons creusées dans les falaises : Mesa Verde NP.

En arrivant à Los Alamos, on comprend qu’il s’agit d’une zone spéciale quand on est arrêté à une espèce de checkpoint qui ressemble à un péage. On demande à contrôler notre passeport avant de nous laisser entrer dans la ville. On met un peu de temps à comprendre, mais Los Alamos n’est pas une ville comme les autres, elle abrite un laboratoire national et traîne une sacrée histoire derrière elle qu’on va découvrir en visitant…

On commence par le musée situé dans la Ranch School : une école fondée en 1917 pour accueillir une cinquantaine de jeunes élèves appartenant aux riches familles du pays et leur offrant une éducation exigeante basée sur les principes du scoutisme. Après 25 ans d’existence, le site (22 000 ha quand même) est racheté par le gouvernement pour mener à bien le projet Manhattan et développer la bombe nucléaire en toute discrétion. Leur choix s’est porté sur cet endroit vu son isolement et sa position sur la mesa seulement accessible via quelques entrées facilement sécurisables. Tous les scientifiques vivaient ici avec leurs familles et c’est encore aujourd’hui le cas.

On visite ensuite la maison où Oppenheimer a habité pendant les 4 ans qu’a duré le projet. Dans cette maison est projetée une vidéo qui est en fait une oeuvre d’art japonais de Isao Hashimoto et qui représente chaque détonation nucléaire qui a eu lieu dans le monde entre 1945 et 1998 (plus de 2000 au total, on ne pensait pas !) La première bombe nucléaire explosera finalement sur le site Trinity, près d’Alamogordo et son site d’essais de missiles, qui abrite aussi le White Sands National Monument qu’on a visité au début de ce roadtrip. Sur les panneaux de l’exposition, on parle non seulement des morts au Japon (entre 150 et 250 000), mais aussi des morts causées indirectement aux USA : 600 000 Américains impliqués dans la fabrication des bombes et dans l’extraction des matériaux radioactifs, 200 000 marins et soldats exposés aux 215 essais nucléaires atmosphériques et des dizaines de milliers de civils qui ont souffert (et souffrent toujours) des retombées radioactives de ces essais et du stockage des déchets (entre autres au Waste Isolation Pilot Plant à Carlsbad).

La ville de Los Alamos contient aussi un autre musée qui est plus axé sur les autres recherches qui ont eu lieu (et qui ont toujours lieu) dans ce laboratoire national. Ça couvre vraiment tous les domaines scientifiques et on peut entre autres y apercevoir la médaille originale du prix Nobel de physique de 1995 décroché par Frédérick Reines pour la découverte du neutrino.

Je serais encore bien resté une semaine dans cette ville, mais Pauline commence à avoir son compte. On décide donc de rejoindre sans attendre la dernière ville de ce road trip, Santa Fe !

3 réflexions sur “Sur les traces de Breaking Bad à Albuquerque

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s