Désert californien et cactus : de Mojave à Joshua Tree

En quittant la petite ville de Shoshone et s’éloignant de la Vallée de la mort, on décide de couper au court et traverser la Mojave National Preserve pour rejoindre la destination du soir : le Joshua Tree National Park. Ou le parc national des arbres de Josué, tout de suite moins classe en français hein ?

La route que l’on emprunte ce matin est goudronnée, mais super étroite. C’est une interminable succession de dips (les creux et bosses qui font des haut-le-cœur si on roule trop vite) avec rien autour. On croise juste de temps en temps des panneaux qui mettent en garde pour les traversées de tortues du désert (desert tortoise comme ils disent ici), mais sans en voir aucune !

SoCal map with names

La seule trace de civilisation qu’il y ait dans la Mojave National Preserve, c’est une ligne de chemin de fer et une gare : Kelso Depot. On y marque notre premier arrêt de la journée, car il y a un visitor center. Le ranger présent sur place est hyper mou. On ne sait pas si c’est le fait qu’il ne se passe pas grand chose ici, ou si c’est l’effet d’une drogue quelconque. Il se contente de nous diriger vers le film de 10 minutes qui résume les richesses de la réserve. On n’apprend pas énormément, mais ça vaut le détour, ne serait-ce que pour la qualité d’image et de la bande-son dignes d’une VHS qu’on s’est repassée en boucle pendant 10 ans (typiquement Maman j’ai raté l’avion).

Le visitor center est situé au bord des rails, au milieu d’une dizaine de palmiers, véritable petite oasis dans le désert des Mojaves. Kelso est aujourd’hui un village fantôme déserté, mais il y a une centaine d’années, c’était un point stratégique de ravitaillement en eau pour les locomotives à vapeur qui reliaient Los Angeles à Salt Lake City. Ces dernières ne pouvaient pas tenir plus de 20 km sans être ravitaillées en eau et bois ou charbon. Une autre époque !

En reprenant la route, il faut traverser les rails, mais les barrières sont justement baissées pour le passage d’un train de marchandises. La ligne de chemin de fer est toujours utilisée de nos jours, mais par des convois autrement plus balèzes. Celui qui passe devant nous est « standard » pour la région, 3-4 km de long et 2 containers empilés sur chaque wagon. Sans oublier le klaxon de la locomotive qui fend le silence du désert, comme dans les films. Tout est vraiment plus grand aux USA.

On poursuit notre route dans le désert de Mojave jusque Kelso Sand Dunes pour une courte promenade, vu la chaleur. On veut surtout faire autre chose que de la voiture tout la journée… On suit les traces d’animaux dans le sable en essayant de deviner ce que c’est, jusqu’à arriver à des espèces de terriers. Mais au final, on n’a pas forcément envie de titiller les serpents à sonnette ou les scorpions du coin.

Au bout de notre traversée du désert et après avoir rejoint un bout de la route 66, on se met en quête d’un endroit où dîner près de la petite ville de Twentynine Palms. On veut faire découvrir la chaîne Five Guys à Florent et Pauline et on lance donc le GPS vers le Five Guys le plus proche. Les amis qui sont venus nous voir et à qui on a fait goûter ces burgers comprendront pourquoi c’est si important de vivre cette expérience.

A 1 km des burgers largement mérités, on se retrouve face à l’entrée pleine de gardes d’une base militaire, le Marine Corps Air Ground Combat Center. Oui, ce Five Guys gentiment conseillé par Google Maps est dans une base militaire et évidemment réservé à ces derniers ! On découvrira l’intérieur d’une de ces bases lors d’un autre roadtrip (article à venir !) et par la même occasion qu’ils ont leurs propres McDo, pompes à essence, Dunkin Donuts, banques… Que la base soit aux Etats-Unis, en Afghanistan ou en Irak comme on le voit dans les films, toutes les commodités américaines sont disponibles. Ils emportent un peu de « la maison » là où ils sont (on imagine) grâce au Starbucks ou au McDo.

Bref, les chances qu’on nous laisse rentrer dans la base « parce qu’on a faim et qu’on veut montrer le Five Guys à Florent et Pauline » étant faibles, on se rabat finalement sur le Kitchen in the Desert, un petit resto qui ne paye pas de mine perdu dans une zone résidentielle. Le nom est bien choisi, et une fois de plus, contrairement aux apparences de l’extérieur, c’était super bon !

On trace ensuite vers le Joshua Tree National Park qui n’est plus très loin pour se trouver une place de camping. A cette saison-ci, beaucoup de parcs de Californie ne permettent pas de réserver d’emplacements dans leurs campings et la majorité sont donc first come first served.

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Le parc dispose de 9 campings (on en est pas encore à envisager de dormir sur un parking de Walmart), mais on aimerait trouver une place dans le plus petit d’entre eux dont on a entendu parler sur le site de Mathilde : Belle. Il avait l’air d’être le meilleur choix, entre autres grâce à sa petite taille (seulement 18 places). Et un petit camping, c’est en général gage de calme absolu, le tout avec une nuit apparemment super étoilée !

On choisit un des derniers emplacements restants, on le réserve en remplissant le petit coupon de self-registration qu’on accroche sur le piquet qui porte le numéro du site et on dépose la petite enveloppe avec les sous dans la boite à l’entrée. C’est comme ça qu’on fait dans les plus petits campings qui ne sont pas surveillés à l’entrée.

Nous voilà rassurés pour la nuit. On laisse juste nos tentes sur place sans les monter. Reste à aller se renseigner au visitor center pour récupérer une carte du parc et plein de bons conseils des rangers.

Comme souvent, le ranger est super sympa et véritablement passionné par son travail. Il nous conseille d’aller voir les étoiles le soir dans un petit observatoire privé situé juste à côté : le Sky’s the Limit. Malheureusement, leurs star parties n’ont lieu que le samedi soir, et on est bien sûr jeudi ! Avis aux futurs visiteurs, c’est gratuit en plus !

Le parc de Joshua Tree est célèbre pour ses nuits étoilées, il a d’ailleurs été récemment reconnu par l’International Dark-Sky Association comme étant un Dark Sky Park. En d’autres mots, un endroit où la pollution lumineuse des villes est tellement minime qu’on y profite de nuits exceptionnellement étoilées. On compte aussi parmi ces Dark Sky Parks ceux de Big Bend, Death Valley, ou le Grand Canyon, et même l’Eifel en Allemagne, plus proche de notre chère Belgique !

Puisqu’il nous reste un bon morceau d’après-midi pour explorer le parc, on commence par la partie nord-ouest, en gardant le sud-est pour le lendemain.

La raison pour laquelle le parc est « séparé  » en deux zones, c’est parce qu’il est à cheval sur deux déserts et que ces derniers ont des caractéristiques et des végétations très différentes : au nord-ouest, le Mojave Desert qu’on sillonne déjà depuis la Vallée de la mort, et au sud-est, le Sonoran Desert.

Dans la partie nord-ouest, on commence par le célèbre Skull Rock, un rocher qui fait penser à un crâne avec deux orbites quand on le voit de face. Il est de loin le plus photographié parmi les centaines de rochers similaires qui nous entourent dans cette partie du parc.

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On en apprendra plus le lendemain sur la partie « géologie », mais ces gros rochers en granit ont pris des formes diverses et variées. On peut s’amuser à se promener au milieu de ceux-ci en devinant à quoi ils nous font penser. On laisse votre esprit vagabonder :

Oui, oui, c’est un éléphant qu’il fallait voir dans le premier. Les autres ça dépend de votre tournure d’esprit.

On se rend ensuite à Key’s View en passant par la Queen Valley Road, une piste parallèle à la route classique, histoire de voir un peu de backcountry et de rentabiliser le 4×4 ! On y roule au milieu d’un véritable champ de Joshua trees, l’arbre emblème que l’on retrouve partout dans ce parc. Il fait partie de la famille des yuccas, et sa particularité est la forme très tortueuse qu’il peut prendre et le fait qu’on ne le trouve que dans quelques rares endroits du Mojave Desert.

Après cette traversée de la plaine, on monte jusqu’à Keys View qui offre, du haut de ses 1600 m d’altitude, un panorama sur notre destination du lendemain :

  • La vallée de Coachella, ville où se déroule chaque année mi-avril le célèbre festival « tendance » et rendez-vous des hipsters de Los Angeles (qui coûte quand même 430$ le week-end).
  • Palm Desert et Palm Springs où on passera le lendemain.
  • La Salton Sea, le plus grand lac salé de Californie avec ses 1000 km² (l’équivalent de Monaco, c’est tout ce qu’on a trouvé qui s’en rapprochait. Oui, on ne peut pas tout comparer avec des terrains de foot, ça ne parle à personne 100 terrains de foot ou 5 tours Eiffel !). Aujourd’hui, c’est malheureusement un lac hyper pollué dans lequel se déversent tous les engrais et pesticides de l’agriculture intense des légumes de « contre-saison » pratiquée juste au sud, dans la vallée impériale. Puisque le lac ne se déverse nulle part et ne subit que de l’évaporation, la pollution s’y concentre de plus en plus avec le temps.
  • La célèbre faille de San Andreas, responsable des nombreux tremblements de terre qui secouent régulièrement la Californie.
  • Et surtout, le smog qui semble venir des Los Angeles qu’on ne voit pas d’ici et qui s’engouffre dans la vallée d’Indio et de Coachella. Par temps très clair, il parait qu’on peut même voir le Mexique au sud, mais ça devient de plus en plus rare…

On boit une petite canette sur un banc en profitant du paysage. C’est pas très légal, raison pour laquelle tous les Américains qui passent devant nous nous regardent d’un drôle d’œil. On disait qu’on était de gros touristes et qu’on n’était pas au courant.

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L’après-midi se termine par une courte randonnée à Barker Dam, un petit barrage construit dans les années 50 pour créer une réserve d’eau pour le bétail. On marche au milieu des différentes sortes de cactus et autres yuccas.

On a même l’occasion de croiser un lapin d’Audubon. Moment mignon, jusqu’à ce que le groupe de jeunes qui nous suit et qui gueule comme des possédés le fasse fuir.

Pour terminer en beauté, on admire quelques pétroglyphes colorés, probablement dessinés il y a plusieurs centaines à milliers d’années par des Indiens de la tribu Serrano (rien à voir avec le jambon, on a vérifié).

Ayant bien rentabilisé notre après-midi, on retourne au camping et là, surprise ! Un dénommé Jesse nous a laissé un petit mot à côté de sa tente qu’il a montée sur notre emplacement. En gros, il est parti faire des courses et espère que ça ne nous dérange pas de partager l’emplacement qu’on avait réservé avec lui qui s’est incrusté ni vu ni connu. T’es bien gentil Jesse, mais on va quand même monter nos deux tentes sur notre emplacement qui n’est déjà pas très grand, et mettre la tienne sur le côté. Et aussi en profiter pour utiliser ton marteau pour planter nos piquets, parce qu’on n’en a pas et que le sol est dur.

Jesse revient tranquillement de ses courses avec sa copine et ils ont l’air d’avoir tous les deux 18 ans. On leur explique gentiment qu’on aimerait garder (égoïstement) l’emplacement pour nous, c’est d’ailleurs pour ça qu’on s’est pointé exprès à midi pour le réserver, c’est un peu le principe du first come first served. Ils comprennent et vont sagement négocier avec le gars de l’emplacement à côté qui accepte en échange de se faire payer la moitié de l’emplacement. Jesse et sa copine (appelons-la Brenda tiens) reviennent chercher leur tente qu’ils ne se donnent pas la peine de démonter pour la traîner jusqu’à l’emplacement de notre voisin guitariste, qu’on appellera John-Ross.

En ce qui nous concerne, on va profiter du superbe coucher de soleil sur la plaine parsemée de Joshua trees, avec en prime un gros nuage rougeoyant en forme de soucoupe sur une montagne éloignée. Le décor est sublime au milieu de toutes ces couleurs pastel !

La soirée et la cuisson des burgers maison se fait entre la douce mélodie de John-Ross qui joue de la guitare et l’autre voisin qui a décidé de mettre la radio de sa voiture avec les fenêtres ouvertes pour en faire profiter tout le camping. Qui a dit que les petits campings étaient les plus calmes encore ?

Ils finissent par se calmer, et on termine la soirée à boire des canettes par une soirée venteuse, mais qui affiche toujours 20°C à 21 h… En ce qui me concerne, je m’essayerai à quelques photos de nuit au milieu des Joshua trees. A mon grand désarroi, en plein milieu de chaque cliché, un débile arrive en voiture avec ses gros phares et massacre ma photo. Le genre de photo à longue exposition qui prend 1 minute d’exposition suivie de 2 min de traitement par l’appareil photo. Bref, il faut 30 min pour prendre quelques photos, mais parfois, le résultat est au rendez-vous !

Le lendemain, après le rituel classique de remballage de tente et de déjeuner banane et pomm’pot, on retourne au Skull Rock de la veille pour assister à un ranger talk.

Le thème, c’est la géologie des environs et comment tous ces gros blocs de granit ont été créés et se sont façonnés. On vous passe les détails géologiques, sinon il faudra penser à renommer ce blog le Grapau géologique, mais c’était intéressant ! La ranger est quand même vachement stressée et on se sent mal pour elle par moment, même si elle maîtrise son sujet. On est tellement habitués de voir l’Américain moyen très à l’aise pour parler en public qu’on en oublie que ce n’est pas systématique pour tout le monde.

On croisera quelques autres bestioles dont une colonie d’abeilles qui s’est installée dans une faille d’un rocher, et le « chuckwalla », un gros iguane du désert qui peut atteindre 9 kg. On garde nos distances, même si apparemment la bestiole est vegan.

Il est maintenant temps d’explorer la partie sud-est du parc ! En perdant de l’altitude, on remarque un changement assez brusque dans le décor. On vient de quitter le Mojave Desert pour rentrer dans le Sonoran Desert qui recouvre l’extrême sud de la Californie, le sud de l’Arizona et une bonne partie du nord-ouest du Mexique.

La où le nord du parc est rempli de prickly pear cactus, de joshua trees et autres yuccas, les bords de la route sont maintenant parsemés de cactus ocotillos. Ce sont de grandes tiges vertes qui ressemblent de loin à des bouquets géants fanés. Par contre, quand on s’en approche, on découvre les nombreux picots cachés au milieu des feuilles vertes.

Peu après, on arrive au Cholla Cactus Garden. Il porte bien son nom, un véritable jardin hyper dense rempli de cactus d’une nouvelle sorte : le Jumping Cholla aussi connu sous le nom de Teddy Bear Cholla. De loin, les chollas ont l’air tout doux, mais ce sont de véritables petites saloperies.

En faisant la promenade qui sillonne au milieu de ces chollas, il faut faire super gaffe de ne pas les effleurer. J’ai d’ailleurs touché avec mes chaussures de marche un morceau qui s’était détaché d’un d’entre eux, et j’ai eu un mal fou à le sortir du caoutchouc sans le toucher avec mes propres mains. Les picots sont comme de mini-harpons ! Bref, c’est beau de loin, mais pas touche !

On continue à rouler dans ce décor qui nous plait beaucoup jusqu’à la sortie sud du parc : Cottonwood Springs. On fera un court arrêt dans cet endroit qui est en fait une oasis naturelle née grâce à la grosse source présente sur place. Les chercheurs d’or y avaient construit un gold mill qui utilisait l’eau présente ici en suffisance pour extraire l’or du minerai. Avant cela, les Indiens Cahuilla y sont restés pendant des centaines d’années, cultivant ici toutes les plantes qui leur étaient nécessaires pour se nourrir ou se soigner. Les descendants de cette tribu sont aujourd’hui des experts dans les vertus de chacune des plantes du désert et savent comment les cuisiner et les utiliser. On peut d’ailleurs voir sur place les traces de leurs ancêtres : des trous dans les rochers dans lesquels ils broyaient et concassaient les céréales pour en faire de la farine.

A la sortie du parc, direction Palm Desert et Palm Springs !

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