2 jours à Death Valley National Park

Après une courte soirée à Las Vegas, c’est le moment de prendre la route vers la Californie et le célèbre parc national de la Vallée de la Mort, Death Valley pour les locaux !

Juste avant de franchir la frontière Nevada/Californie, on fait le crochet par une ville fantôme : Rhyolite !

Death Valley map

Comme beaucoup de villes fantômes de l’Ouest américain, elle a été créée par des chercheurs d’or lors des nombreux gold rush à la fin du 19e siècle. Rhyolite n’a pas fait long feu, elle a été créée en 1905, pour atteindre son pic à 4000 habitants 2-3 ans plus tard et en 1920, tout le monde avait déserté, car le filon de la mine était épuisé.

On se promène en voiture au milieu des ruines et on ne sort que pour voir la seule « attraction » du coin : le Goldwell Open Air Museum qui contient apparemment des œuvres d’artistes belges ! Bon, en gros ça consiste en 7 sculptures placées au milieu du désert et on a vite fait le tour, mais c’est belge !

On déambule (en voiture avec la clim bien sûr – on vous rappelle qu’on est dans le désert et qu’il fait hyyyper chaud) au milieu des quelques bâtiments restants : les 3 banques, la bourse (!), l’ancienne gare, un wagon qui servait de pompe à essence, l’hôpital, enfin beaucoup de ruines. C’est surtout l’ambiance qui vaut le détour dans des endroits pareils, et s’arrêter un instant pour écouter le silence du désert et réaliser à quel point on est loin de la civilisation.

On reprend la route pour traverser la frontière de Californie et entrer dans le Death Valley National Park ! Depuis qu’on a quitté Las Vegas et pour les deux prochains jours, on sera dans le Mojave Desert, un désert de 120 000 km² qui est coincé entre Las Vegas et Los Angeles.

On est au cœur de la « Basin and Range province ». Ce n’est pas une province au sens géographique classique, mais une province géologique. On vous passe les explications que nous-mêmes n’avons pas comprises, mais cette zone qui recouvre le Nevada, une partie de l’Arizona et du Nouveau-Mexique, et qui déborde jusqu’au Mexique est caractérisée par plein de petites chaînes de montagnes parallèles alternées avec des vallées (rifts). C’est particulièrement visible dans la Death Valley qui est bloquée entre la chaîne Panamint à l’Ouest et la chaîne Amargosa à l’est.

Death Valley entree

On parcourt une longue descente sur la Daylight Pass Road pendant laquelle on perd plus de 1000 m de dénivelée ! On voit la température augmenter à une vitesse effrayante sur le thermomètre de la voiture. Alors qu’il faisait juste « chaud » à Rhyolite, une fois en bas, il fait étouffant. Le thermomètre dépasse les 100°F (38°C) et finit par se stabiliser autour de 108°F (42°C). Ce n’est pas compliqué, en ce qui nous concerne, on n’a jamais vu une température aussi élevée de notre vie, et ce n’est pas fini…

La vue pendant la descente est tout simplement à couper le souffle. On découvre un gigantesque désert de sel avec en arrière-plan la chaîne de montagnes Panamint qui culmine à 3400 m. Les dimensions sont difficiles à appréhender, ça nous rappelle le Grand Canyon.

On hésitait à la base à rentrer dans le parc par une piste à sens unique qui passe par le Titus Canyon, mais pas certains de nos pneus et vu la chaleur et à quel point le coin est paumé, on préfère jouer la sécurité par la route classique. Au final, même la route classique est listée sur dangerousroads.org (une valeur sure pour être certain de voir du backcountry).

Notre premier arrêt dans le parc sera le visitor center de Furnace Creek. Ils ont un thermomètre à l’entrée où on se fait un plaisir de se prendre en photo. A ce moment-là, il fait 115°F (46°C), mais on pense avoir vu plus chaud pendant notre séjour, sans pouvoir le prouver ! C’est d’ailleurs ici à Furnace Creek que le record mondial de température a été mesuré en 1913 : 134°F (56,7°C). Bon, il y aura toujours des pinailleurs sur ce genre de records, mais en gros, c’est un des endroits les plus chauds sur la planète.

A cette époque de l’année (mai), il est plutôt censé faire entre 23°C et 38°C selon leurs prospectus, alors que les températures qu’on expérimente sont celles de juillet, le mois le plus chaud de l’année !

Au visitor center, on récolte les conseils des rangers pour les promenades et compagnie, sachant qu’on a aujourd’hui et demain pour découvrir ce parc immense. D’emblée, ils nous déconseillent de nous aventurer sur la route qui mène à The Racetrack. Énorme déception pour François qui espérait y consacrer toute l’après-midi. Cette piste rocailleuse mène à un lac asséché qui a la particularité d’être parsemé de traces laissées par des rochers qui bougent « tout seuls ». Personne n’avait percé le mystère jusqu’en 2014 où des scientifiques de l’université de San Diego ont prouvé qu’une couche de glace se forme sur la « plage » en hiver et que le vent pousse les rochers sur cette dernière.

Sans pneus heavy duty, trop risqué de parcourir cette piste, et même dans les meilleures conditions, il faut 5h aller-retour pour parcourir les 150 km qui séparent Furnace Creek de cet endroit reculé. Je reviendrai, c’est obligé (ça commence à faire beaucoup d’endroits où je dois retourner). D’ailleurs, on a repéré une agence de location de jeep tout terrain le jour suivant : Farabee’s. Le seul hic, c’est qu’ils demandent 250$ par jour.

Puisqu’on ne fait pas the Racetrack, on retirera également du programme Ubehebe Crater et Scotty’s Castle qui sont situés au Nord du parc. Scotty’s Castle ne rouvrira de toute façon qu’en 2020 car partiellement endommagée par des inondations en 2015…

Bref, on décide de faire une courte promenade dans le Golden Canyon pour terminer la matinée. Une courte promenade, car la ranger vient de nous expliquer qu’un acteur qui a joué dans Harry Potter (Dave Legeno qui jouait le loup-garou Fenrir Greyback) y est mort de déshydratation en 2014… Ambiance, ambiance.

On prend chacun 2 litres d’eau, et on ne fera qu’un petit kilomètre de promenade. Par une température pareille, on a juste peur de se taper une méga insolation et on préfère rester près de la voiture. L’endroit est sympa, c’est un canyon dont les parois ont été polies par le vent et l’eau, mais la randonnée dans la Death Valley, c’est plutôt une activité d’hiver.

Avant d’aller manger, on passe par le camping de Furnace Creek pour réserver notre emplacement du soir. Nous qui avions peur de ne pas trouver de place, il n’y a personne ! Pas étonnant vu la chaleur. On trouve sans problème un emplacement à l’ombre (qui ne sera pas du luxe), mais la faible fréquentation de l’endroit nous fait un peu peur il faut l’avouer.

Pour dîner, on va au saloon climatisé de Furnace Creek. En discutant avec la serveuse, elle nous raconte qu’elle a déjà vu 133°F (56°C) ici ! Soudainement, la chaleur à l’extérieur parait « supportable ».

L’après-midi, on remonte un peu vers le nord du parc jusqu’au Titus Canyon (la route par laquelle on comptait rentrer dans le parc initialement). On fait les 5 premiers miles de piste qui sont à double sens jusqu’à arriver à l’entrée du canyon où le chemin est en sens unique. C’est beau sans être fabuleux, et on n’a pas vraiment le courage de s’embarquer à pied dans le canyon pour en voir plus. A découvrir la prochaine fois quand on aura un 4×4 high clearance !

Le prochain arrêt de l’après-midi, ce sont les Mesquite Flat Sand Dunes. De belles dunes de sable, mais une température au sol qui permettrait probablement de cuire des œufs. On fait la visite en mode américain : 100 m à pied pour prendre quelques photos, puis vite retourner dans la voiture avec la clim. En temps normal, on aurait exploré, mais là on lutte pas pour rire.

On fait un arrêt au petit village de Stovepipe Wells pour boire un verre au saloon. A posteriori, pas certain que boire une bière était une super idée, mais on boit chacun nos 4-5 litres d’eau par jour pour compenser.

On a du mal de se remettre en route, mais en retournant vers Furnace Creek, on s’arrête à la Salt Creek qu’on avait déjà repérée pendant les préparatifs du voyage, car cet endroit a une particularité : il héberge une des espèces de poissons les plus surveillées au monde et en voie de disparition, le pupfish. Ils ne vivent que dans deux endroits de la Death Valley : Salt Creek et Cottonball Marsh. Ces petits poissons vivaient à l’origine dans l’énorme Lac Manly qui recouvrait une bonne partie de la vallée de la mort il y a 10 000 ans, pendant la dernière glaciation. Avec l’assèchement de la région, ils se sont retrouvés séparés dans des petites mares qui n’étaient plus reliées entre elles et l’évolution a bien fait son boulot : cette espèce peut survivre dans de l’eau à 47°C et 4 fois plus salée que l’océan ! On fait une courte promenade sur les caillebotis au milieu de ce biotope si particulier et on en voit quelques-uns, essayant de nager dans 1 ou 2 cm d’eau, à peine assez pour leur permettre de rester immergés.

Le soleil commence à baisser, mais on crève toujours de chaud et la clim de la voiture est notre seule échappatoire. On roule jusqu’au Zabriskie Point pour aller voir le coucher de soleil.

En attendant avec impatience la nuit, on lit les quelques panneaux explicatifs dans un décor magnifique à la golden hour.

On y parle de la dizaine de mines de Borax qui existaient dans le coin à la fin du 19e siècle. C’est un minerai qu’on exploite encore aujourd’hui, qui rentre dans la composition du verre Pyrex et de l’émail utilisé pour décorer les porcelaines, et qui est aussi beaucoup utilisé dans les forges. L’endroit où se trouvaient ces mines s’appelle d’ailleurs le Twenty Mule Canyon; car les wagons qui contenaient chacun 9 tonnes de borax étaient tirés par ce qu’on appelait un twenty-mule team (18 mules et 2 chevaux) jusqu’à la gare de Mojave, à 200 km de Furnace Creek.

La journée se termine avec un fabuleux coucher de soleil et de longues ombres sur ce décor doré. On peut enfin respirer un peu.

On soupe au camping avant de boire quelques canettes en prenant des photos des étoiles, le tout par une météo frisquette de 38°C à 22h…

Avant d’aller dormir, on va tous tremper nos t-shirts au robinet duquel sort de l’eau à 40°C pour se rafraîchir un peu. La nuit sera mouvementée pour moi, autant dire que j’ai dormi en dehors de mon sac de couchage, mais sans un pet de vent. Au réveil j’étais déshydraté comme rarement. Les filles qui s’étaient, elles, levées à 5h30 avant le lever du soleil, ont pu profiter du peu de fraîcheur qu’offrait l’aube. Elles avaient déjà rangé tout ce qui pouvait l’être et avaient préparé le petit déjeuner pour les plus faibles.

Après avoir remballé la tente, on roule vers ce qu’on nous a dit être un des plus beaux points de vue du parc : Dante’s View. Situé 1700 m plus haut que le bassin salé dans la chaîne de montagnes Amargosa, la température y est enfin respirable (27°C) et la vue est comme promis à couper le souffle. L’intégralité de la vallée blanche de sel s’étend sous nos pieds. On y passe une heure à profiter de la fraîcheur, à marcher un peu et à prendre plein de photos.

Lorsqu’on redescend dans la vallée, la température remonte évidemment, mais à notre grand regret. On fait un bref arrêt au musée du Borax à Furnace Creek où se trouvent plein de vieux objets de l’époque (chariots, wagons, outils des mines…) On cherche aussi des « bip-bip » ou roadrunners dans le golf de Furnace Creek, sans succès malheureusement pour Pauline T. qui rêvait d’en voir un. Oui, un golf vous avez bien entendu. Aux USA, on peut trouver un golf dans l’endroit le plus chaud et le plus sec du pays.

On continue vers le sud, un peu impatients de sortir du parc, mais avec encore quelques beaux endroits à voir.

D’abord Artists Drive qui est une boucle à sens unique qui sillonne entre des collines d’alluvions pour mener à Artists Palette, un ensemble de rochers colorés du vert au rose en passant par l’orange et le rouge. Ces couleurs trouvent leur origine dans les éruptions qui ont eu lieu à cet endroit il y a 5 millions d’années et qui ont déposé des cendres qui contenaient du fer, de l’aluminium, du magnésium et du titane.

Ensuite, on passe par Devil’s Golf Course, le terrain de golf du diable ! Les Américains aiment bien rajouter « Devil » dans le nom des endroits impressionnants : Devil’s Hole, Devil’s Tower, Devil’s Rock, Devil’s Lake, Devil’s Garden et j’en passe…

Ici, on est dans le lac salé proprement dit, mais la particularité à cet endroit précis, ce sont les énormes cristaux de sel qui font la taille d’un ballon de foot. Ça rend la surface hyper accidentée, presque impossible à parcourir à pied (d’où le nom). Les cristaux ont des formes bizarres taillées par le vent et les rares pluies, mais sont surtout durs comme du roc et super coupants, j’aurais pas voulu y trébucher, beaux saignements assurés… Le soleil tape comme jamais et on entend les cristaux qui se dilatent sous l’effet de la chaleur en faisant « tic-tic », comme un poêle à bois en hiver…

Déjà fatigués par la chaleur alors qu’il n’est pas encore midi, Pauline et moi restons dans la clim de la voiture en laissant Florent et l’autre Pauline faire la courte promenade du Natural Bridge qui s’avérera bof :)

Le dernier arrêt dans le parc de Death Valley est aussi le plus connu, car il s’agit du point le plus bas d’Amérique du Nord : Badwater Basin à 85,5 m sous le niveau de la mer ! Dans la falaise en face de nous, un panneau sea level placé 85,5 m au-dessus de nos têtes nous permet de mettre ça en perspective.

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On descend de la voiture pour s’aventurer à pied sur l’immense lac salé qui est plat jusqu’à perte de vue. C’est probablement ici qu’on a eu le plus chaud du séjour (et de ma vie en ce qui me concerne). Pas d’ombre, un sol blanc réfléchissant, la recette parfaite pour mourir de chaud. La température devait avoisiner les 50°C. Et on bronze vite.

Le plus impressionnant, ce sont les gens autour de nous : il y a des dizaines de seniors (des vieux, mais on voulait rester polis) qui marchent en plein soleil, certains sans chapeau ! Et puis il y aussi des jeunes parents qui promènent leur bébé en poussette, une super idée par des températures pareilles :)

On se retrouve au milieu de ce lac avec une vue bluffante à 360°. Tout ce sel s’est accumulé ici par le drainage de 9000 square miles de montagnes environnantes (l’équivalent du New Hampshire), suivi par une évaporation qui a pris 10 000 ans. Près du parking, il subsiste un petit peu d’eau dans la Badwater Pool qui tient son nom du fait que l’eau « mauvaise » était imbuvable par les mules des pauvres explorateurs qui pensaient avoir trouvé ici une oasis au milieu de cet énorme désert de sel.

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A la limite de l’hyperthermie, on court (enfin on marche doucement quoi) se réfugier dans la voiture et la clim, en priant pour qu’elle ne nous lâche pas. On sort du parc par le sud jusqu’à rejoindre la petite ville de Shoshone où on a décidé de séjourner au Shoshone Inn (nom original une fois de plus). Ce petit motel ne paye pas de mine de l’extérieur, mais il était vraiment bien. Merci Tripadvisor et les commentaires fiables des voyageurs précédents ! On va enfin pouvoir prendre une douche et dormir dans une chambre climatisée, et dîner avec nos vieux restes de wraps.

Le programme de l’après-midi aura vite été décidé : on va à la piscine du village, alimentée par des sources d’eau chaude qui sont à 89°F = 32°C toute l’année. Rien à voir avec une belle piscine bleutée d’hôtel. Il s’agit plutôt un vieux tuyau qui se déverse dans un gros réservoir en béton qui fait office de piscine. Le tout entouré d’une grande barrière avec des barbelés. Mais ce qui nous importe, c’est d’être immergés et de ne plus avoir chaud !

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Pour le soir, les options sont très limitées, soit acheter des chips à l’unique pompe à essence ou tenter le Crowbar de l’autre côté de la route. On tente la deuxième option, à tort. On vous passe les détails, mais nourrissez-vous de chips pour un soir si vous atterrissez à Shoshone.

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On termine la soirée en buvant des bières et jouant aux cartes autour du petit firepit du motel, comme s’il ne faisait pas assez chaud, même à 21h.

Le lendemain matin, il n’y a que Pauline T qui se lève de bonne heure pou faire le bird trail et tenter de voir des roadrunners (les bip-bip). Ce ne sera malheureusement pas une franche réussite.

On remballe tous nos brols pour rouler vers un peu plus de civilisation, mais avant cela, traverser le désert de la Mojave National Preserve par les petites routes !

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