Traversée du Nevada et la top-secrète Zone 51

Après avoir achevé une boucle de 8 jours de Salt Lake à Salt Lake avec nos amis Yan et Zab et avoir découvert le Grand Teton NP, le Yellowstone et un petit morceau de Montana et d’Idaho, il est temps pour nous de rejoindre Florent et Pauline, un autre couple d’amis qui nous attend à Las Vegas. Notre journée est consacrée à la traversée en diagonale du Nevada pendant laquelle on a vu l’entrée de la zone 51 et crevé un pneu au milieu du désert, à 2km d’un des endroits les plus protégés du pays. Bref, une journée intense!

L’option simple pour rejoindre Las Vegas en venant de Salt Lake City, c’est 6 heures de route à travers l’Utah. Mais ça nous ferait repasser près de Zion déjà vu l’an dernier et j’ai trop envie de voir le Nevada, surtout la fameuse zone 51 ! Le voyage s’allongera donc de 2h30 de route et quelques mésaventures au passage (dont le pneu crevé qui sera a posteriori un bon souvenir).

Z51 map

Pauline et moi quittons tôt l’aéroport de Salt Lake où on a déposé Yan et Zab pour se diriger plein ouest sur l’Interstate 80 (qui relie San Francisco à New York). On longe à nouveau le grand lac salé de Salt Lake comme une semaine plus tôt avant d’entamer une ligne droite de 80 km qui nous mène à la frontière avec le Nevada. Peu avant la frontière, on s’arrête sur une aire de repos, car le paysage a l’air plutôt pas mal autour de nous. Et pour cause !

On réalise qu’on est en fait sur les Bonneville Salt Flats, un désert de sel de 260 km² ! Même si le lieu est connu pour sa beauté, il l’est surtout pour la Bonneville Speedway, une piste de vitesse où de nombreux records ont été décrochés. Le premier à 228 km/h en 1914 et le plus rapide à 1015 km/h en 1970, avec un moteur-fusée ! Apparemment, on peut même venir tester les limites de sa propre voiture gratuitement vu qu’il s’agit de terrains publics…

Nous, on se contentera de marcher un peu sur le lac de sel et prendre quelques photos. Puis aussi goûter un morceau de sel pour voir si c’est du vrai, mais pas celui au bord là où tout le monde marche hein, juste 3-4 m plus loin !

Ensuite, on continue pendant de longs kilomètres au milieu du désert névadain (si si on dit comme ça !). Vu qu’il y a tellement peu à voir, dès qu’on croise un panneau explicatif, on monte sur les freins et on s’arrête (avec la glacière qui traverse tout le coffre et vient taper dans le siège conducteur).

C’est le cas quand on arrive à Shellbourne, un « lieu » qui se résume à un parking, 2 toilettes et quelques panneaux explicatifs dont celui relatif à la Shell Creek Station, 128e station du Pony Express.

On sort pour se dégourdir les jambes et lire les panneaux pour apprendre enfin ce qu’est le Pony Express dont tout le monde a déjà entendu parler. C’est un réseau créé dans les années 1860 pour transporter de manière rapide le courrier de la côte Est vers la côte Ouest, alors que les colons étaient à la conquête de l’Ouest. A une époque où le courrier classique mettait 6 mois pour traverser le pays, il ne fallait au Pony Express que 10 jours… mais ça coûtait l’équivalent de 1000 $ d’aujourd’hui pour une lettre de 30 grammes…

Les « facteurs » de l’époque étaient de jeunes garçons qui traversaient le pays au galop sur leurs chevaux mustangs avec des sacoches appelées « mochila » remplies de courrier. Ils parcouraient une grosse centaine de kilomètres avant de s’arrêter à une station où les sacoches étaient montées sur un autre cheval qui repartait quelques minutes plus tard.

On peut voir une affiche de l’époque : « recherche jeune rider, 18 ans maximum, de préférence orphelin, prêt à risquer sa vie tous les jours, 25$/semaine ». Attrayant n’est-ce pas ?

Le Pony Express a fonctionné pendant 19 mois, avant de se faire remplacer par le télégraphe. Ils auront transporté 34 753 lettres et n’en auront perdu que 2… Parmi les nouvelles transportées, celle de la nomination d’Abraham Lincoln comme président des USA ou encore le début de la guerre de Sécession avec l’attaque du Fort Sumter qu’on a visité quelques mois plus tôt.

Un autre panneau explique qu’à Shellbourne était censée passer la Lincoln Highway, première route goudronnée qui devait relier les 2 côtes du pays. La construction entamée en 1913 n’a malheureusement jamais abouti bien qu’il y ait toujours des panneaux le long du tracé, un peu comme pour la route 66 qui s’est aussi fait remplacer par le système moderne des « Interstate Highways ».

Un peu moins bêtes, on reprend la route jusqu’à la petite ville d’Ely où on s’arrête pour dîner au « La Fiesta ». C’est un resto mexicain au milieu d’un petit casino (faut dire qu’il n’y avait pas grand choix dans cette petite ville de 4000 habitants). Ce n’était pas vraiment « la fiesta » avec les 3 couples de 70 ans qui y mangeaient et les 2 autres qui jouaient à la machine à sous dans le casino, mais j’y ai bu une excellente margarita qui, avec la chaleur, m’a fait faire une grosse sieste début d’après-midi pendant que Pauline conduisait.

On fait le plein pour la 3e fois de la journée (on l’a bien fait 4 fois ce jour-là, car on ne savait jamais où on allait trouver la prochaine pompe à essence). Et de fait, à la sortie d’Ely, un panneau indique « prochaine pompe : 100 miles » (160 km). Le Nevada quoi.

Pendant la majorité de la journée, il n’y a strictement rien sur les bords de la route à part quelques puits d’extraction de pétrole et des tourbillons de poussières dans le désert. On aura même vu des tumbleweeds traverser la route, vous savez ces boules sèches poussées par le vent comme dans les westerns, véridique ! On ne peut pas être plus dans le cliché (et se sentir plus seuls au monde) que ce jour-là.

A Warm Springs (3e ville que l’on traverse de la journée alors qu’on a déjà roulé 580 km depuis le matin), on bifurque sur la route 375 qui porte aussi un autre nom : la Extraterrestrial Highway ! La raison, c’est que cette route est la plus proche de la base militaire secrète de Groom Lake, l’endroit le plus « secret » des USA qu’on connait surtout sous le nom de zone 51. Plein de gens disent avoir vu des choses bizarres voler dans le ciel de la région, et tout le complot des OVNIs et des extraterrestres fait la réputation du coin !

La ville des OVNIs, c’est Rachel, située un peu plus loin sur cette même route juste avant l’entrée de la base. En fait, il s’agit principalement de 20-30 mobile homes rouillés et d’un petit bar, le « Little A’le’Inn ». Un jeu de mot autour de « alien » on suppose, mais qu’on a du mal à capter vu notre prononciation encore loin d’être parfaite en anglais.

On rentre au « Little A’le’Inn », parce qu’il n’y a rien d’autre et que c’est une expérience en soi.

IMGP7282

A l’intérieur, pas grand monde : une serveuse et une femme accoudée au comptoir. On commande un coca, mais la raison principale pour laquelle on est là, c’est pour demander comment on accède à l’entrée de la base. La femme au comptoir engage directement la conversation avec nous et nous donne le petit dépliant ci-dessous qui contient toutes les infos.

Area 51 map front

Area 51 map back

Elle a l’air d’être une habituée, car elle va elle-même derrière le bar pour remplir son gros gobelet rouge avec de la tequila. Petit élément de contexte : on est lundi 15 h, moment adéquat pour se péter la tête à la téquila alors qu’il fait 35°C dehors.

Elle nous sort aussi un gros classeur qui contient plein de « fiches d’observations » où des gens ont noté les descriptions des différents phénomènes paranormaux qu’ils ont observés dans la région. Les murs du bar sont tous décorés avec des photos et des articles bizarres et conspirationnistes. Ils vendent aussi toutes sortes de petites babioles dont toutes sortes de figurines de petits hommes verts.

On en a vu assez et on reprend la route alors que la fan de téquila sort dehors rejoindre son groupe de copains tout aussi bourrés qu’elle et qui nous regardent d’un air bizarre. On a presque peur.

L’endroit où il faut quitter la route goudronnée pour prendre la piste s’appelle « Black mailbox ». Il y avait jadis une boite aux lettres noire que tout le monde photographiait, car les touristes pensaient qu’elle était liée aux activités ultra-secrètes menées par le gouvernement dans la zone 51. Elle était régulièrement vandalisée, car certains cherchaient dans le courrier des messages cryptés confidentiels. Il s’avère qu’elle appartenait à un pauvre gars qui possède un ranch sur la piste qui mène à l’entrée de la base. En 1996, les propriétaires ont été forcés de la remplacer par une boite blindée et ont rajouté par humour une « alien dropbox » pour les gens qui souhaitent envoyer un message dans l’espace.

On s’engage sur la piste qui mène à un des endroits les mieux gardés du pays avec un petit stress semblable à celui d’un enfant qui fait une bêtise…

IMGP7298

On roule pendant 23 km sur une piste rocailleuse avant d’arriver devant une des entrées de la base. On est au milieu du désert et il n’y a même pas de barrière : la limite se résume à des panneaux d’avertissement des deux côtés de la piste et des marqueurs orange au sol qui délimitent la ligne à ne pas franchir. Même si on était autorisés à passer, il reste encore 26 km jusqu’à la base elle-même, car elle est entourée de 2 chaines de montagnes qui empêchent d’avoir une vue directe dessus.

Les panneaux mettent en garde : pas de drones, pas de photo, accès interdit. La peine encourue est 6 mois de prison et 1000 $ d’amende si on franchit la ligne, mais la femme du bar nous a dit que si on passe, on se fait directement embarquer pour une nuit en tôle et c’est 600 $ d’amende.

On scrute les environs et on remarque qu’il y a des trépieds avec des caméras et des senseurs bizarres cachés au milieu des cactus sur les versants des deux côtés. Il y a aussi une caméra montée sur un bras articulé de l’autre côté de l’entrée et braquée sur nous. Et la on remarque le truc le plus flippant, il y a un pick-up blanc garé sur le dessus de la colline avec un gars qui nous observe aux jumelles. Ok, il y a vraiment des trucs qu’ils ne veulent pas qu’on voie là-dedans.

Je trouve quand même le courage de tendre le pied vers la limite au sol pendant que Pauline prend une rapide photo. J’avoue avoir rarement nargué des militaires comme ça (surtout des Américains), mais cette petite pointe d’adrénaline n’était pas déplaisante !

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Si j’apprends un jour que j’ai une maladie incurable, je reviendrai, mais ne m’arrêterai pas et foncerai à travers la limite avec le pick-up blanc à mes trousses. Ou alors je me ramasserai directement un missile venu de nulle part, wait and see !

On fait gentiment demi-tour pour retourner vers la route goudronnée et la civilisation.

A peine 2 km de parcourus, et un voyant s’allume dans la voiture : pneu crevé. La j’avoue qu’aucun de nous deux n’a rigolé… Au milieu du désert, sans réseau, il n’y avait pas de quoi ! Et puis, serait-ce un complot ? Des snipers nous auraient-ils tirés dans le pneu ?

On n’a jamais changé un pneu aussi vite de notre vie, on avait tout sauf envie de traîner dans le coin. Pendant ce temps-là, le gars qui surveille les caméras planquées dans les cactus doit sûrement se dire qu’on leur joue le coup de la panne. Une scène digne de James Bond, du moins dans notre tête !

Autant dire que les 21 km de piste restants, on les a faits au pas. Si on crève un deuxième pneu, on est VRAIMENT dans la mouise. On pousse un grand ouf de soulagement une fois arrivés sur le goudron, mais il reste encore 200 km de route jusque Las Vegas… On roulera gentiment en respectant la vitesse limite du pneu de rechange (85 km/h). Ça n’a pas été les 2,5 h les plus passionnantes et les moins stressantes de la journée on vous l’avoue. Pauline n’a pas besoin de parler pour que je comprenne : « et si on avait pris le chemin normal qui prenait 6 h de route et qui ne faisait que de l’autoroute ? ». Oui, mais on n’aurait pas vu la zone 51, et aujourd’hui on en rigole. Il manque juste une photo de nous en train de changer le pneu et de la gueule qu’on tire à ce moment-là, mais on avait autre chose en tête que faire des selfies.

On arrive finalement au bout de notre périple avec un peu de retard à l’aéroport de Las Vegas pour rejoindre Pauline et Florent. On pensait que Hertz allait nous allumer 300 $ pour un pneu crevé, mais on s’en sort avec 38 $ (!!!). On disait que c’était à cause de leurs pneus pas chers qu’on a crevé et pas parce que je roulais à 100 km/h sur une piste rocailleuse.

Le temps de prendre la deuxième voiture qu’on a pris pour le reste du séjour, et c’est parti pour une soirée à Las Vegas !

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