2 jours à Charleston

Au départ d’Edisto Beach, on remonte vers le nord en longeant la côte jusqu’à la dernière étape de notre road-trip, Charleston !

Avant d’entrer dans la ville, on décide de passer la matinée à visiter une « plantation » située au nord-ouest de la ville afin d’en savoir plus sur l’histoire du Sud. Middleton Place est l’une des plantations phares de la région, reprise dans tous les guides aux côtés de Magnolia Plantation and Gardens (qu’on n’a pas sélectionnée, car les magnolias n’étaient pas encore en fleurs) et Drayton Hall.

Cette plantation de riz et d’indigo (on ne savait même pas que l’indigo était une plante) date du 18e siècle et est dépendante d’un magnifique jardin à la française construit selon les principes d’André le Nôtre, le célèbre architecte paysager du château de Versailles et de Vaux-le-Vicomte (rappelez-vous vos cours d’Histoire !). Tout est organisé selon un modèle géométrique bien précis en forme de triangle et autour duquel tous les jardins sont alignés.

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La maison d’origine ayant brûlé durant la guerre civile (guerre de Sécession), il n’y a que la maison des invités en belles briques rouges qui subsiste juste à côté.

On se promène pendant deux heures dans ces magnifiques jardins remplis de roses, d’azalées, de magnolias… ainsi que dans l’écomusée qui nous donne un bel aperçu du quotidien des esclaves qui faisaient vivre la plantation. Car au-delà de la beauté du lieu, l’Histoire est bien présente. Si certains esclaves travaillaient dans les jardins, la maison ou encore dans les ateliers des dépendances (fileuses, menuisiers, forgerons…), la majorité s’occupaient des plantations qui constituent la plus grande partie de la propriété et dont les récoltes faisaient rentrer l’argent dans les caisses de la famille Middleton. Leur village était situé à plusieurs miles de la plantation, ce qui les faisait parcourir chaque jour d’énormes distances. Aucune maison d’esclave n’a résisté à l’épreuve du temps, car contrairement à celles des « maîtres », ces dernières étaient entièrement en bois.

On est frappés par cette histoire de la traite négrière occidentale que l’on ne connaît que trop peu. Le commerce triangulaire acheminait marchandises et esclaves entre les colonies américaines, l’Europe et les côtes africaines. Les esclaves qui survivaient à la traversée de l’Atlantique (longue de 2 mois, menottés 2 à 2 et entassé à 4 adultes/m³) étaient vendus aux enchères dans les grands ports de la côte est américaine, entre autres ceux de Caroline du Sud et de Géorgie.

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En parcourant la propriété, on passe à côté des étables où on voit une démonstration de forgeage (courageux le gaillard par 35°C…) et juste à côté se situe Eliza’s cabin, une maison où vivait un couple d’esclaves affranchis (freedman) qui sert aujourd’hui de musée et contient beaucoup d’explications sur leur quotidien. On y trouve entre autres des affiches d’époque offrant des récompenses à ceux qui retrouvaient les rares esclaves qui osaient s’échapper de la plantation. Le genre « wanted, dead or alive » qu’on retrouvait à la même époque dans le Far West pour les prisonniers en cavale, mais qui, elles, ne font pas sourire.

On finit le tour de la propriété en marchant le long d’un grand étang au bord duquel un petit alligator de 2 mètres prend le soleil, normal.

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Fin de matinée, on quitte la plantation pour poursuivre notre route vers Charleston. Après un rapide arrêt au Five Guys (la meilleure chaîne de fast food de burgers qui existe, clin d’œil à ceux qui sont venus nous rendre visite :)), on arrive dans cette belle ville du Sud.

Appelée à l’origine Charles Town en l’honneur du roi Charles II d’Angleterre, elle est la plus vieille ville de Caroline du Sud (1670).

On passe l’après-midi à se promener dans l’historic district de la ville. Au programme, le Old City Market, le Old Exchange Building et le Waterfront Park avec sa célèbre Pineapple Fountain (fontaine en forme d’ananas, on est vraiment bilingues dis donc) où on déguste une bonne glace rafraîchissante.

On s’arrête un peu plus longuement devant le Rainbow Row. Il s’agit d’un alignement de maisons très colorées – comme un arc-en-ciel, d’où le nom, on est vraiment bilingues ! – qui donne du peps à la rue. A noter que la plus ancienne de ces maisons date de 1680 !

On poursuit notre tour en s’arrêtant devant toutes les majestueuses villas du sud de la ville. On hésite très fort à en visiter une, mais le prix facilite pas mal la décision de passer notre chemin.

En continuant de longer l’eau, on arrive à la pointe Sud de la ville, à White Point Garden (White à cause de l’empilement des coquilles d’huîtres, toujours présentes à terre), là où se trouvaient les batteries de canons qui défendaient la ville en empêchant les navires ennemis de rentrer dans la baie.

En remontant vers le centre-ville, on arrive à un grand carrefour : les 4 corners of Law. Le nom vient des 4 bâtiments qui occupent les coins du carrefour : l’église St Michael, le City Hall, la County Court (dessinée par le même architecte que celui de la Maison Blanche), et la Federal Court avec la poste.

On finit le tour en ville en revenant à notre point de départ, la très touristique Market Street avec son marché couvert où on vend plein de petits brols pour touristes, et entre autre la vannerie très connue (mais surtout très chère) de Charleston.

Fin d’après-midi, la chaleur et la fatigue ont raison de nous et on se dirige vers l’hôtel  à Mount Pleasant (en dehors de Charleston) pour une bonne pause et chercher un endroit où passer la soirée.

On opte dans un premier temps pour aller prendre l’apéro dans un beer garden de la banlieue nord de Charleston. Cette nouvelle mode qui nous vient d’Allemagne commence à avoir beaucoup de succès aux USA : on voit les beer gardens pousser comme des champignons dans les grandes villes. On avait d’ailleurs pris une bière dans ce genre d’endroit à Charlotte, plut tôt dans notre voyage. On déguste de nouvelles bières inconnues en terrasse, en voyant un orage menaçant passer juste à côté de nous.

On trouve sur le site Eater Charleston un resto pour le souper : Edmund’s Oast. L’établissement tient son nom d’un brasseur anglais arrivé aux USA en 1760 qui a fait fortune dans l’industrie brassicole et a fait de généreux dons pour soutenir la révolution américaine qui a démarré 15 ans plus tard…

En arrivant, on nous dit que, puisqu’on n’a pas réservé, il ne reste que des places avec vue sur la cuisine. On adore ! Et à notre grand étonnement, personne ne veut de ces places ! On passe une super bonne soirée à discuter avec les cuisiniers qui nous expliquent ce qu’ils font, à comprendre le fonctionnement du service et surtout à admirer le professionnalisme de l’ensemble de la brigade qu’on a sous les yeux. C’est Top Chef en live, mais sans l’accent de Michel Sarran !

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Le lendemain, c’est notre dernier jour. Il nous reste la matinée à passer à Charleston avant de reprendre l’avion. On décide donc de prendre le ferry pour Fort Sumter, lieu historique où ont eu lieu les premiers coups de canons qui ont déclenché la guerre de Sécession.

En attendant le bateau sur les quais, on voit autour de nous une majorité d’Américains dont beaucoup de vieux vétérans. C’est particulier de voir tous les papys avec leur casquettes « Vietnam/Cold War/WWII Veteran » (biffer la mention inutile).

On passe la courte traversée de 30 minutes à lire le dépliant qui nous donne quelques repères historiques pendant que les haut-parleurs du bateau répètent exactement le même texte pour les fainéants qui n’ont pas envie de lire.

En résumé, la construction du fort a commencé au début du 19e siècle par des esclaves. Il s’agissait à l’époque d’un simple banc de sable stratégiquement placé dans la baie qui donne accès à la ville de Charleston.

La guerre de Sécession (ou Civil War) trouve ses origines dans des tensions et des différences qui, depuis l’indépendance des USA (1776), n’avaient fait que s’amplifier entre les Etats du Sud et ceux du Nord. L’élection d’Abraham Lincoln fin 1860 a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En 6 mois, 11 états du Sud se sépareront du pays et créeront leur propre gouvernement : celui des Etats confédérés. Les autres Etats des USA formeront alors ce qu’on appelle l’Union. Autant vous dire que les soldats de l’Union qui étaient en territoire confédéré ne faisaient pas les malins. C’est pour ça qu’après la sécession du premier état (la Caroline du Sud en décembre 1860), le major Robert Anderson (appartenant à l’Union) quitta le fort Moultrie pour aller se réfugier avec ses 85 hommes dans le fort Sumter. Ils représentaient le dernier bastion de l’Union en territoire ennemi pendant que d’autres alentours se ralliaient aux confédérés.

Carte Charleston

Le 12 avril 1861, ils sont bombardés pendant 34h avant de devoir se rendre. Et croyez-le ou non, il n’y aura pas une seule victime, ni d’un côté ni de l’autre (sauf un cheval du côté des confédérés, true story).

Cette attaque sonne le début d’une guerre qui durera 4 ans et sera la plus mortelle qu’ait connu les USA à ce jour : plus de 600 000 morts, loin devant les pertes de la seconde guerre mondiale (400 000 morts).

Le fort qui avait été pris en 34h par les confédérés a mis 4 ans à être repris par l’Union (après avoir apparemment ramassé 7 millions d’obus sur les 4 ans). Les canons de l’époque envoyaient à 16 km de distance des obus qui pesaient jusqu’à 500 kilos !

C’est aussi pendant cette guerre que les premiers sous-marins et mines marines ont fait leur apparition.

Complètement détruit après la guerre de Sécession, le fort a été reconstruit avec des canons plus modernes et a à nouveau servi pendant la guerre contre les espagnols en 1898. Il sera finalement désactivé en 1947 et sert aujourd’hui de lieu touristique et de mémoire.

Au-delà de la parenthèse historique, on a passé environ une heure sur le fort, à se promener entre les vieux canons et à en apprendre plus sur les événements qui ont eu lieu ici. Du niveau supérieur, la vue sur la baie et sur Charleston est superbe, avec des dauphins qui sautent à quelques centaines de mètres de nous !

De retour sur le continent, on est déjà fin de matinée. On passe en vitesse dans un petit café branché pour manger un sandwich avant de se diriger vers l’aéroport, avec une avance confortable (on déteste être stressé avant de prendre l’avion, quitte à poireauter 3 heures devant la porte d’embarquement à manger des chips hors de prix).

Une fois sur place, on a bien fait, car notre premier vol est tout simplement annulé. Par chance, la sympathique hôtesse United va trouver sa collègue de chez American et parvient à nous mettre sur des vols différents, ce qui nous permettra au final de rentrer à la maison plus tôt que prévu initialement ! Rentrer un jour plus tard n’était pas vraiment envisageable cette fois, j’avais rendez-vous le lendemain au consulat belge à New York pour remplacer mon passeport volé un mois plus tôt à Los Angeles…

Voilà qui clôture ces 10 jours de road-trip dans le Sud-Est des USA et nous permet d’avoir un beau voyage de plus à notre actif ! Voyage chargé en histoire des USA !

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