Black Canyon of the Gunnison NP

Au départ de Grand Junction, on dit adieu aux rochers rouges et on roule vers le dernier parc national du séjour, Black Canyon of the Gunnison !

On arrive tôt et on fonce directement au camping pour réserver un emplacement, car c’est premier arrivé premier servi ! Une fois de plus, on se stresse plus que nécessaire, car il reste plein de places et on a l’embarras du choix ! Les emplacements sont « creusés » dans une espèce de maquis et on essaye d’en trouver un pas trop à l’ombre, car il fait assez froid vu l’altitude et les rayons de soleil sont les bienvenus… En roulant dans le camping, on croise des biches qui se promènent entre les emplacements (ou plutôt des mule deers), ça va être sauvage !

Une fois les détails pratiques du logement réglés, on se rend au visitor center pour prendre un peu plus de renseignements sur le parc, obtenir une carte et décider de ce que l’on va faire de la journée !

On partage avec vous la petite parenthèse historique/culturelle qui accompagne à chaque fois la visite d’un nouveau parc, après tout autant en retenir quelque chose de plus que « on a vu des beaux paysages et des biches » !

Officialisé parc national en 1999, Black Canyon of the Gunnison fait partie des plus récents parcs nationaux des Etats-Unis (avec Great Sand Dune NP qui ne l’est devenu qu’en 2004). Comme son nom l’indique, le parc protège un tronçon du canyon creusé par la rivière Gunisson, un affluent de la Colorado River.

La particularité de ce canyon (contrairement au Grand Canyon) n’est pas sa taille, mais son étroitesse. Les parois rocheuses de part et d’autre de la rivière sont quasiment verticales, empêchant le soleil d’y entrer sauf aux alentours de midi, d’où l’adjectif « Black » donné au canyon, car toujours à l’ombre !

Cette rivière rapide et sauvage qui attire les kayakistes les plus chevronnés et ces rochers dont les grimpeurs raffolent sont le résultat de plusieurs facteurs :

  • Une roche métamorphique très dure composée de gneiss et de schiste qui s’est formée lors de l’époque précambrienne (il y a 1,7 milliard d’années !)
  • Depuis environ 2 millions d’années, l’écoulement de la Gunnison River avec une vitesse particulièrement élevée, causée par la pente moyenne de la rivière qui est de 8 m/km et qui peut même atteindre 45 m/km dans certaines portions, là où la Colorado River descend de « seulement » 1,4 m/km dans le Grand Canyon

Malgré la vitesse élevée de l’eau dans ce canyon, la dureté de la roche fait qu’elle ne creuse que 0,25 mm par année !

Et voilà pour la parenthèse culturelle que je me sens à chaque fois obligé d’écrire dans chaque article !

Si on n’a pas de permis spécial pour descendre dans le canyon et y faire du kayak ou de l’escalade, le versant sud du parc se limite à 2 routes : une scenic road qui remonte vers le nord-ouest, le long de la falaise et une autre qui descend jusqu’au Crystal Dam situé plus en amont sur la rivière.

On passe la matinée à avancer doucement sur la scenic road et à s’arrêter aux nombreux points de vue : Gunnison Point, Pulpit Rock Overlook, Cross Fissures View, Painted Wall View, Dragon Point, High Point…

A un de ces arrêts a lieu un ranger talk qui présente des nombreux rapaces qui habitent dans le parc et construisent leurs nids dans les versants du canyon. La malheureuse ranger n’a pas l’air d’avoir un grand public aujourd’hui (il faut dire que c’est la fin de saison ici) et on finit donc par avoir une présentation privée juste pour nous deux ! On n’a pas retenu grand-chose, mais ça parlait de faucons pèlerins (peregrine falcon), geais (jay), roitelets (wren), martinets (swift). Bref, on enrichit à fond notre vocabulaire, et on attend avec hâte l’occasion à laquelle on pourra ressortir le fameux wren en soirée !

La ranger nous prête un peu ses jumelles qu’on puisse observer les grimpeurs sur la paroi nord et les rapides tout en bas. Le plus impressionnant là-dedans, c’est le boucan que fait la rivière, alors qu’elle se situe 600 m plus bas ! On comprend pourquoi ces rapides sont identifiés en classe 5 (sur une échelle de 6, 6 étant risque de mort élevé)…

Un des arrêts mémorables est celui de Painted Wall. Il s’agit de la plus grande falaise de tout le Colorado sur laquelle apparaît un motif assez particulier de lignes blanches au milieu de la roche noire. Certains y voient des dragons, mais c’est un peu selon l’imagination de chacun.

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Pour la petite parenthèse géologique (ça devient une habitude), ces lignes blanches sont constituées d’une roche magmatique appelée pegmatite. C’est, il y a des millions d’années, lors d’un épisode volcanique intense, que le magma liquide s’est infiltré dans toutes les failles qui existaient alors dans la roche noire, avant de se solidifier pour donner aujourd’hui ces motifs blancs.

Après un rapide dîner avec les restes de la veille, on se met en quête de la deuxième partie du parc : East Portal. On descend avec prudence la route qui descend les 600 m de dénivelée entre le dessus du canyon et la rivière et qui atteint à certains endroits les 30 % de pente ! Merci le mode semi-automatique.

Lorsqu’on arrive à l’eau, le spectacle est encore plus impressionnant que vu d’en haut. Deux immenses parois de 600 m se dressent de chaque côté, et la flore qui se mélange entre vert et jaune vifs tranche fort avec ce canyon tout noir. On s’arrête pour profiter du bruit de l’eau qui résonne dans le canyon et pour lire les panneaux d’explications qui se trouvent le long de la rivière.

On y parle d’un tunnel qui part sous nos pieds et continue dans la roche vers le sud-ouest. Le Gunnison Tunnel a été construit entre 1905 et 1909. Avec ses 9,3 km de long, il était à l’époque le plus long tunnel d’irrigation du monde creusé en dessous de Vernal Mesa pour alimenter la vallée Uncompahgre située à l’ouest et qui manquait d’eau. Il est aujourd’hui reconnu par l’association d’ingénierie civile américaine comme une des 260 œuvres remarquables d’ingénierie dans le pays. On peut dire qu’il a littéralement changé la vie des habitants de cette vallée dont la population a rapidement explosé. Pour la petite histoire (dans la petite histoire), on y cultive l’orge utilisée pour brasser la bière Coors !

Ce projet de tunnel très ambitieux faisait partie d’un programme bien plus vaste qui a été financé par la loi du « Reclamation Act de 1902 ». Cette loi qui avait pour but d’améliorer l’irrigation de 20 Etats de l’Ouest américain aura finalement comme conséquences la construction de dizaines de barrages sur tous les plus gros cours d’eau de l’Ouest américain (dont la Colorado River et ses affluents dont fait partie la Gunnison River). Sans tous ces projets, la conquête de l’Ouest américain, qui est aujourd’hui une des plus grandes zones d’agriculture du monde, n’aurait jamais pu se produire.

C’est pour administrer tous ces projets que l’actuel Bureau of Reclamation a été créé. C’est un département du Ministère de l’Intérieur américain qui gère l’approvisionnement en eau de la majeure partie de l’Ouest américain.

Après s’être encore cultivé un peu (et avoir partagé tout ça avec vous), on continue sur la route qui longe la rivière, mais elle finit en cul-de-sac avec un frustrant signe « entrée interdite » qui marque l’entrée du Crystal Dam.

On rebrousse donc chemin et on remonte la route en faisant chauffer le moteur pas pour rire. Vu qu’il n’est pas tard, on va vit refaire quelques courses dans la ville de Montrose située juste à côté, avant de revenir au camping pour juste « ne rien faire » et profiter de la fin d’après-midi. Je passerai quand même un peu de temps à aller me promener dans le camping en suivant les biches qui sont toujours là et pour ramasser les bûches qui ont été gracieusement laissées par les campeurs de la veille, car la nuit s’annonce froide !

Habituel barbecue, quelques S’Mores en dessert, et quelques bières sous les étoiles. Un jeune couple arrive au camping alors qu’il faut déjà noir depuis longtemps, on les entend jurer et rigoler pas mal en essayant de monter leur tente. Le gars essayera pendant 15 min d’allumer un feu avant de résigner à aller demander une bûche déjà enflammée à leurs autres voisins. On rigole, mais on a froid.

Cette dernière nuit en tente sera particulièrement froide (1°C) et on se lèvera de très bonne heure le lendemain pour se diriger vers Aspen et finalement Denver pour le dernier jour de ce voyage de noces mémorable !

2 réflexions sur “Black Canyon of the Gunnison NP

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