Canyonlands National Park

Ce matin, on profite un peu d’avoir un vrai lit à l’hôtel avant de prendre la route pour notre prochaine étape : Canyonlands National Park. Le parc dont François attend le plus de surprises ! La barre est haute après tout ce qu’on a déjà fait, mais il ne sera pas déçu.

En bref, et avant de commencer à raconter, on a eu droit en seulement 24h à

  • la piste la plus technique (la White Rim Road), pire que White Pocket
  • une near death experience en tentant de descendre la Lathrop Canyon Road
  • le camping le plus perdu de notre vie
  • la plus belle nuit étoilée (et photos qui vont avec)
  • le plus beau réveil (qui rivalise avec celui de Monument Valley)
  • le meilleur ranger talk (on est maintenant incollables en géologie du Mésozoïque)

Pour relier Capitol Reef à Canyonlands, on passe par la route UT-24 qui nous plonge dans un décor lunaire de grandes collines bleu/gris. Ces dernières sont composées de Mancos Shale, une roche de plus dans la longue liste de celles rencontrées depuis le début du séjour. On rejoint ensuite l’autoroute (l’Interstate 70) pour la première fois du séjour, avec une limitation de vitesse à 75 mph ! C’est un peu la folie quand on sait que dans le Connecticut, on ne peut rouler qu’à 65 mph (soit 104 malheureux km/h)…

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On arrive un peu avant midi à Moab, la petite ville très touristique qui est notre dernière occasion de faire un ravitaillement au supermarché et de dîner à la brasserie avant d’entrer dans le très perdu parc de Canyonlands. Ce dernier, créé en 1964, protège 1400 km² autour du confluent de la rivière Colorado et de la Green River et est divisé en 3 zones non reliées entre elles :

  • Island in the Sky au Nord, entre les 2 rivières, que nous avons visitée
  • The Needles, au Sud-Est
  • The Maze, à l’Ouest, un des endroits les plus perdus et difficiles d’accès des USA

Toute cette partie des USA a été cartographiée pour la première fois par le Major John Wesley Powell qui s’est lancé dans une grande mission d’exploration à la fin du 19e siècle. L’expédition a démarré sur les eaux de la Green River en mai 1869, avec 10 hommes et 4 bateaux, et finira 3 mois plus tard avec 6 hommes et 2 bateaux. On vous laisse deviner ce qui est arrivé aux 4 hommes et aux 2 bateaux…

Leur périple de 1500 km avait démarré à Green River (dans le Wyoming) sur la rivière qui porte le même nom et qu’ils ont descendue jusqu’au confluent avec la Colorado River, passant ensuite par ce qui est aujourd’hui le lac Powell (du nom de l’explorateur), puis le Grand Canyon, pour enfin se terminer au bout du lac Mead, juste à côté de Las Vegas.

Bref, assez pour la parenthèse historique !

Une fois entrés dans le parc, un passage obligé au visitor center s’impose, car ce soir-là, on dort dans un camping un peu particulier ! On a réservé sur Internet un emplacement de camping en backcountry, c‘est à dire camping « sauvage » sans douche ou barbecue et avec des toilettes sèches.

La particularité est qu’il est situé sur la White Rim Road, une piste rocailleuse de 100 miles (160 km) de long qui longe la Colorado et la Green River et qui n’a que deux points d’accès ! Parmi la petite dizaine de campgrounds qui existent le long de cette piste, on a choisi l’Airport Campground qui est situé à seulement 20 miles du point d’entrée, histoire de pouvoir faire demi-tour et ressortir assez rapidement si besoin… Ca peut paraître marrant, mais vous le lirez plus loin, on fait moins les malins sur cette piste !

Vu l’éloignement du camping et l’état de la piste qui y mène, on s’attend à des recommandations, voire des mises en garde de la part des rangers lorsqu’on vient retirer notre backcountry permit, mais… rien !

On démarre notre périple début d’après-midi, avec une foi inébranlable en notre Jeep et sa capacité à nous ramener vivants le lendemain (ce qui sera le cas sinon vous ne liriez pas ces lignes, mais c’est pas passé très loin).

Notre expédition démarre par la descente de la Shafer Canyon Road. Encore une route qui figure sur dangerousroads.org ! Le descriptif est assez cohérent avec ce qu’on a vu : « It’s not for the sissies and shouldn’t be attempted by novice drivers ». On ne sait pas ce que « sissie » veut dire exactement, mais on devine facilement…

La route descend en lacets dans le canyon et rejoint 427 m de dénivelée plus bas le début de la White Rim Road (cliquez ici pour une petite vidéo qui parlera plus qu’une longue description).

On a fait toute la descente derrière un papy qui avait très peur et a bien tué ses freins…

Une fois sur la White Rim Road, l’état de la piste se dégrade et le papy devant nous fait vite demi-tour. On croise un peu plus loin des bulldozers qui sont en train de travailler et d’aplanir la piste. Y a pas grand monde dans les parages à part eux et nous ! Ce seront à peu près les dernières personnes qu’on verra avant le lendemain !

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On fait notre premier arrêt à la « Musselman Arch » où on croise une bande de 4 cyclistes qui font la White Rim Road en entier. La piste est très prisée des amateurs de VTT qui bouclent les 160 km en 3 à 4 jours. Même en voiture, il faut 2 jours minimum !

Malgré les panneaux déconseillant fortement de marcher sur l’arche de Musselman, le meneur du groupe la traverse avec son vélo, prétextant qu’il a 65 ans, que ses enfants se débrouillent bien sans lui et qu’on ne vit qu’une fois  ! Cliquez pour voir la vidéo qu’on a prise, ses potes avaient un peu plus peur que lui, et nous aussi d’ailleurs.

S’en suivent 2h de conduite vachement technique pour éviter les cailloux/rochers/nids de poule et parcourir les très longs 20 miles qui nous séparaient du Airport Campground. On croise en chemin un gars qui randonne jusqu’à la Colorado River pour aller y camper (même si c’est normalement interdit). Il cherche son copain qui a pris de l’avance, mais surtout la Lathrop Canyon Road qu’ils doivent emprunter pour descendre jusqu’à l’eau. On comprend que le tracé de notre carte est légèrement différent de celui de la sienne (rassurant) et qu’il doit rebrousser chemin.

Une fois arrivés à notre emplacement de camping (qui est grand comme deux terrains de foot), on prend conscience qu’on est à 3-4 h de la trace de civilisation la plus proche et qu’il n’est pas temps de tomber en panne ou crever deux pneus. De nombreux panneaux mettent d’ailleurs en garde avant de s’engager sur la White Rim Road qu’aucune dépanneuse ne descendra dans le canyon pour moins de 1500$…

Mais bon, si on est arrivés jusqu’ici, on fera bien le chemin en sens inverse ! On vit un mélange d’excitation et de peur, ouhouhouhouuu !

Ces 2h de piste ont été assez marrantes pour moi, mais beaucoup moins pour Pauline qui s’est fait balancer dans tous les sens au rythme des nids de poules. Heureusement, les paysages qui nous entourent sont une fois de plus à couper le souffle et compensent largement : on a vue en contre-bas sur la Colorado River qui est un « canyon dans le canyon » et en contre-haut sur le plateau où se situe la route goudronnée sur laquelle on roulait encore quelques heures plus tôt.

Vu qu’il n’est que 15h00, on se dit qu’on va tenter de faire la piste qui descend jusqu’à la Colorado River : la Lathrop Canyon Road que cherchait notre camarade croisé un peu plus tôt. Un seul conseil après avoir vécu ça : n’essayez pas en voiture.

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On s’y engage, mais on comprend après 50 m de descente que ce chemin, c’est la White Rim Road puissance 10. On se demande même un moment si on n’est pas censé ne l’emprunter qu’à pieds, mais la carte l’identifie bien comme une 4WD only road. Je continue encore 100 m, mais lorsque je freine, la voiture continue à glisser 1 m et là je me dis que ça serait con de mourir pendant notre voyage de noce. Par grande chance, il y a juste assez de place pour faire demi-tour dans un tournant juste après. En remontant, et malgré le 4×4, la voiture a tellement de mal qu’on sent le pneu brûlé une fois arrivés au-dessus. On croise les 2 camarades qui s’apprêtent à descendre la route à pied et leur lançons un « not for cars, didn’t wanna die today ». On en rigole maintenant, mais un ranger nous dira le lendemain qu’on a bien fait de faire demi-tour, car cette piste est parfois barrée par des éboulements. Bref, pour ceux à la recherche de sensations fortes, ne cherchez plus, c’est ici qu’il faut venir.

De retour au camping, on met au moins 30 minutes à se remettre de nos émotions. On explore les environs de notre emplacement gigantesque qui est situé au pied de l’Airport Tower (un gros rocher que les mineurs de l’époque ne savaient pas comment nommer) et on profite de la vue à 360° qui n’a rien à envier au Grand Canyon.

On apprendra par la suite que c’est dans ce décor incroyable qu’ont été filmés plusieurs films comme la scène d’ouverture de Mission Impossible II (voir à 0:40, la White Rim Road :)) ou la célèbre scène de fin de Thelma et Louise qui a d’ailleurs donné son nom au « Thelma and Louise Point ».

Il est maintenant temps de monter la tente pour la nuit, mais le sol est, disons… récalcitrant. Après avoir tordu moult piquets de tente, on doit se résigner à utiliser un gros caillou et une corde pour tenir le dernier tendeur. Le vent est tellement fort qu’il aplatit la tente ! On essaye de garer la voiture juste à côté pour la mettre à l’abri, mais ça ne suffit pas et on devra finalement accrocher la moitié des tendeurs aux portières… quel spectacle !

Il est encore tôt et on tue le temps en buvant des bières bien fraîches, le comble dans ce décor désertique, merci la glacière. On profite du moment, avec personne à des dizaines de kilomètres à la ronde (à part nos 4 potes cyclistes qui sont à l’emplacement juste à côté, 300 m plus loin quoi).

Vu que le barbecue est interdit en backcountry camping (et qu’il y a de toute façon trop de vent), on chauffe de bons vieux raviolis au réchaud sur la banquette arrière. Aucun risque, si la voiture prend feu, les pompiers arriveront vite.

Après le coucher du soleil, le vent tombe rapidement et je passe une petite heure à rentabiliser notre trépied et à progresser dans ma maîtrise de la photographie nocturne. Le résultats est pas mal pour un amateur !

La nuit sera beaucoup plus calme que ce à quoi on s’attendait, plus de vent et pas un seul cri d’animal, c’est tellement reculé que même eux ne viennent pas jusqu’ici !

Le réveil est hors norme : on a une vue à travers la moustiquaire sur un lever du soleil sur le canyon, sans même sortir de son sac de couchage. On déjeune avec un sourire béat tellement on est contents d’être là, avant de reprendre la White Rim Road en sens inverse pour rejoindre la civilisation.

La conduite est encore plus technique que la veille, car on a le soleil en plein dans la figure, le pare-brise est dégueulasse et l’escalier en rochers qui était relativement facile à descendre à l’aller est vachement plus dur à remonter. On entend une ou deux fois le dessous de la voiture griffer contre les rochers, mais pas de stress c’est une voiture de location et on n’a pas pris d’assurance complémentaire.

Une fois revenus au pied des lacets, à l’embranchement avec la Shafer Road, des cyclistes au bord de la route nous applaudissent. Ils pensent certainement qu’on vient de boucler les 100 miles en entier, mais j’accepte volontiers les applaudissements, ne serait-ce que pour la tentative de descente vers la Colorado River. On est contents.

On passe la matinée à faire ce que 99% des visiteurs font dans ce parc : la scenic road et les points de vue. On arrive au point de vue de « Buck Canyon Overlook » pile à l’heure pour assister à un ranger talk. Cette fois-ci, le sujet est l’histoire et la géologie du parc. Bref, comprendre d’où viennent toutes ces couches de roches et comment elles se sont formées.

Le ranger n’a que 3 ans d’expérience, mais il nous a probablement donné le meilleur ranger talk de tout le roadtrip. Et croyez-nous, vulgariser la géologie du plateau du Colorado, c’est loin d’être un exercice facile. On apprend beaucoup de trucs :

  • La couche la plus ancienne et donc la plus profonde (déposée 250 millions d’années avant notre ère) est majoritairement composée de sel, vestige de l’océan primitif qui était présent ici à l’époque de la Pangée. Il n’y avait alors qu’un seul et unique mégacontinent sur Terre. C’est dans cette couche que la potasse est extraite par solution mining dans les Potash Ponds près de Moab, pas loin d’ici.
  • La White Rim Road est construite sur une « croûte » blanche très résistante faite d’une roche appelée White Rim Sandstone. La piste a été construite par les mineurs dans les années 50 pour l’extraction de l’uranium dans la couche « Chinle »
  • Cette couche Chinle a été formée pendant le triassique (il y a 245 à 240 millions d’années) par l’accumulation de cendres volcaniques qui contenaient l’uranium et qui ont été piégées dans les marais qui recouvraient la région à l’époque.
  • L’origine de la couleur verte des rochers qu’on peut voir en descendant la Shafer Road est la présence de fer non oxydé (car à l’époque sous les marais à l’abri de l’oxygène)

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Après le talk, on explique au ranger qu’on a dormi la nuit dernière près de l’Airport Tower qu’on voit justement du point de vue. On lui raconte aussi notre épisode sur la Lathrop Canyon Road et il nous dit qu’on a bien fait de ne pas essayer de descendre plus bas, car même les rangers avec des jeeps modifiées ne savent souvent pas y passer.

Avant de quitter le parc de Canyonlands, il y a un dernier endroit que je veux faire : la Mineral Road (qui est aussi sur dangerousroads.org tiens, tiens notre nouvelle référence), car j’en avais entendu parler sur le blog de Mathilde et ça avait l’air dangereusement excitant !

Après avoir juré à Pauline que c’était la dernière piste qu’on faisait du séjour, on s’embarque dans la descente en lacets qui est très similaire à la Shafer Road, mais sur l’autre versant du parc. La Shafer Road descendait vers la Colorado River à l’est et la Mineral Road que nous empruntons descend vers la Green River à l’ouest. Il fallait absolument la faire pour prendre notre revanche et arriver enfin à descendre jusqu’à l’eau.

La descente se passe sans encombres et on arrive jusqu’à l’embarcadère duquel un gros groupe s’apprête à partir en rafts pour une expédition de 2-3 jours sur la Green River. On se dit que ça doit être génial de faire ça un jour, mais les tarifs étaient assez rédhibitoires (735 $/pers pour 2 jours)…

On en a vu assez et on remonte la Mineral Road pour ensuite prendre la direction du Dead Horse Point State Park situé juste à côté de Canyonlands.

6 réflexions sur “Canyonlands National Park

    • GraPau dit :

      Merci Antoine ! Oui, je crois que ça restera à jamais mon expérience préférée dans les grandes étendues de l’Ouest américain, en tout cas jusqu’ici !
      Rien de tel qu’aller se perdre au milieu de nulle part et dormir une nuit en tente en observant les étoiles, et se faire un peu peur avec des routes difficiles !
      François

      J'aime

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