Toadstool hoodoos, Vermillion Cliffs NM et White Pocket

Après un réveil matinal à Page, on reprend la route vers l’ouest en commençant par une randonnée conseillée par Maschelle : les Toadstool Hoodoos. Les hoodoos (ou cheminées de fée pour les francophiles) peuvent être de formes et de couleurs très variées, mais ils ont tous le point commun d’être constitués d’une cheminée de roche érodable surmontée d’un chapeau (ou capstone) composé d’une roche plus résistante et qui protège le hoodoo de l’érosion, comme un parapluie.

Les Toadstool Hoodoos sont composés d’un corps en entrada sandstone déposé il y a 140 millions d’années (pendant le jurassique) surmonté d’un chapeau en dakota sandstone déposé il y a environ 100 millions d’années (pendant le crétacé).

Par delà tous les intérêts géologiques que cela peut susciter parmi les millions de lecteurs de ce blog, le résultat est un ensemble de champignons géants orange à tête grise sur fond de décor western, et c’est beau (en plus d’être intéressant) !

Notre hôte de la veille nous avait surtout conseillé de ne pas s’arrêter aux hoodoos mais de poursuivre notre chemin sur la gauche pendant quelques centaines de mètres afin d’atteindre un point de vue à couper le souffle sur le Grand Escalante Staircase National Monument. On profite du moment et du calme absolu qui règne dans ce décor lunaire.

De retour vers la voiture, on croise un groupe de touristes et on reconnait ce qui semble être du néerlandais (ça faisait longtemps). Dans un élan peut-être un peu trop ambitieux (bon ok, certainement trop ambitieux), je lance un « Goeiemorgen » auquel on me répond une très longue phrase très rapide en flamand. Obligé de m’avouer vaincu, j’enchaîne en anglais et le gars me répond en français ! Il s’agit d’un groupe de Flamands retraités qui visitent la région. On finit même par parler un peu wallon ! La situation est ô combien improbable, mais c’est agréable de voir des compatriotes. Ça l’est évidemment un peu moins de voir qu’ils maîtrisent parfaitement le français et même quelque mots de wallons alors qu’on est incapables de tenir la conversation dans leur langue…

Après un « Tot Ziens » beaucoup plus timide que mon « Goeiemorgen », on continue notre chemin vers Vermillion Cliffs National Monument qu’on a prévu d’explorer pendant le reste de la journée. Ce National Monument protège le plateau Paria ainsi que les falaises rouges (Vermillion Cliffs) qui délimitent l’extrémité sud du parc.

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Lors de la préparation du voyage il y a plusieurs mois, on pensait visiter le très connu « The Wave » dont l’accès est régi par une loterie qui limite à 20 le nombre de personnes autorisées par jour… Il faut participer à la loterie sur ce site 4 mois à l’avance et espérer être parmi les heureux gagnants sachant qu’on a en moyenne 5% de chances de gagner. La faute aux centaines de demandes et de l’attrait grandissant du site… Evidemment, on a reçu fin mai un mail nous annonçant qu’on avait pas été sélectionnés… On a donc commencé à chercher sur Internet d’autres attractions dans la région et on est tombés sur ce site d’un passionné de photos et de la région sur lequel sont listés de nombreux points d’intérêt. Celui qui retient le plus notre attention est la White Pocket, même si ça a l’air très difficile d’accès. L’auteur du site met en garde : « If your vehicle get stuck, or breaks, if you injure yourself, or if you get lost you may die », mais on est là pour voir du spectacle et sortir des sentiers battus !

Avant de quitter la route 89 qui est goudronnée, on s’arrête par prudence à la Paria Ranger Station afin de récolter un témoignage avisé. La ranger vérifie qu’on a bien une voiture 4×4 avec high clearance et nous conseille le seul itinéraire qui permet de rejoindre White Pocket sans avoir à traverser de deep sands. On se met en route sur la House Rock Road qui est une piste qui longe la frontière ouest du plateau Paria (Paria signifie eau boueuse en Indien Paiute) et relient entre elles les route 89 et 89A. On passe à côté du parking d’où part la randonnée qui se rend à The Wave (un peu jaloux) avant de franchir la frontière de l’Arizona (à nouveau). Un peu plus loin, c’est le moment de quitter la piste et la conduite devient vachement plus technique. On roule sur une piste de sable et la voiture est limite niveau hauteur. C’est pas le moment de s’arrêter, il faut utiliser intelligemment l’inertie de la voiture. Après avoir roulé une heure, croisé 2-3 ranchs abandonnés et s’être irrémédiablement enfoncé dans ce parc, on arrive à destination ! Un simple parking et un chemin de randonnée qui se dirige vers les rochers.

On commence notre exploration de cette formation rocheuse qu’est la White Pocket et c’est bluffant ! On marche sur des rochers blancs qui ressemblent à des pavés et qui sont d’une régularité surnaturelle, du polygonal sandstone. Difficile de s’imaginer que c’est la nature qui a créé ces formes si régulières. Les experts ne sont d’ailleurs toujours pas certains de comprendre le mécanisme en jeu dans sa formation. On continue d’explorer pour arriver dans une zone où la roche forme des tourbillons dans lesquels se mélangent le jaune, orange, rouge, rose, brun, blanc pour créer un décor comme on n’en a jamais vu et qui n’a finalement rien à envier à The Wave. On est contents.

La roche responsable de ce tourbillon de couleurs naturel est le Navajo Sandstone qui a été formé au début du jurassique il y a 190 millions d’années. Cette roche s’est formée à partir de sable qui composait le grand désert qui était à l’époque présent sous nos pieds. Les grains de sable ont été cémentés avec du calcaire pour former une roche très sensible à l’érosion. Différents oxydes de fer (hématite, goethite, limonite) ont ensuite donné à la roche des couleurs variant du jaune au brun, en passant par le rose.

On n’a pas exploré l’entièreté des environs, mais j’ai appris en écrivant cet article qu’on avait loupé une partie du site, Moqui City. C’est un endroit où on retrouve au sol des Moqui Marbles qui sont des concrétions en forme de grosse billes noires. Ces billes sont constituées d’une épaisse croûte d’oxyde de fer (hématite) qui renferme un coeur de sandstone (grès en français). Je vous renvoie à la page Wikipédia pour l’explication du mécanisme de formation de cette particularité géologique. Vous êtes probablement plus intéressés par les jolies photos que par la géologie !

Pas le choix, il faudra y retourner pour voir ça ! Mais si vous allez un jour là-bas, ne loupez pas cette partie !

Avant de repartir, on décide de pousser un peu plus loin sur le chemin de sable vers un deuxième parking dont parlait le site Internet qui nous avait renseigné l’endroit. Et c’est là qu’on a atteint les limites de la voiture (et les miennes par la même occasion). On s’est heureusement arrêté juste avant de descendre une grande descente assez pentue, ayant peur de ne jamais pouvoir la remonter en sens inverse. Et c’est en essayant de faire demi-tour que la voiture à commencé à s’enfoncer dans les fameux deep sands. On stresse, puis on stresse. Je crois que Pauline a compris a mon regard que pour la première fois, je ne suis pas certain de pouvoir nous ramener à bon port pour le soir.

Avant de rester définitivement bloqués, on tente une ultime manœuvre en tentant de faire le chemin en marche arrière, ce qui finit par être fructueux. Autant vous dire qu’on a eu assez d’adrénaline pour la journée et que je suis aujourd’hui imbattable en marche arrière au rétroviseur ! Aujourd’hui on en rigole. Au moins le souvenir restera gravé dans nos têtes. En y repensant, il fait dire que l’instruction « You’ll need to give it plenty of gas to get up this hill » sur le site du gars aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Une fois revenus sur le chemin « facile », j’insiste pour tenter d’aller voir des pétroglyphes dont parlait aussi le site Internet (oui, le même qui nous invitait à pousser jusqu’au 2e parking…). On gare la voiture sur le côté et on marche un bon kilomètre à travers les cactus pour finalement se retrouver au pied d’une paroi rocheuse sur laquelle sont censés être les maudits pétroglyphes. Échec cuisant, car on ne les trouvera jamais. Le site renvoyait en effet à la page 223 du livre « Kelseys Hiking the Paria River » pour une localisation précise, et on n’avait évidemment pas le « Kelseys Kiking the Paria River » sur nous. On est même obligés de suivre nos traces de pas pour être surs de retrouver la voiture…

Après toutes ces aventures, on a notre compte et on reprend la piste de sable pour retourner à la civilisation. Le retour se passe sans encombre, mais la conduite est compliquée et fatigante, on est contents de retrouver la piste en gravier de la House Rock Road.

A l’embranchement avec la route 89A qui est goudronnée (alléluia), on a enfin une vue sur les immenses falaises rouge vif qui délimitent la face sud du parc, les fameuses Vermillion Cliffs. Il y a même un parking avec une longue vue pour observer les trous dans la falaise dans lesquels les condors de Californie ont élu domicile. Malheureusement pas de condors à l’horizon. A notre grande déception, car on aurait aimé apercevoir cet oiseau qui est un des plus grands du monde avec ses 2 m 90 d’envergure !

On continue la route pour se diriger vers la rive nord du Grand Canyon qui est notre destination du soir ! Autant vous dire qu’on trépigne d’impatience !

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